4e de couverture
"Edward est-il un héros romantique ou un détraqué dangereux ?
Bella ferait-elle mieux de choisir Jacob plutôt qu'Edward ?
Que peuvent nous apprendre les vampires sur le sens de la vie ?
Bella est-elle féministe ? Et Stephenie Meyer ?
Les réponses à toutes ces questions et plus encore se trouvent dans Twilight : les secrets d'une saga fascinante.
Ce livre propose pour les vivants et les morts-vivants quelques morceaux de philosophie à savourer, pour se faire les dents...

Que vous soyez de la Team Edward ou de la Team Jacob, que vous ayez adoré ou détesté Twilight, ce livre est pour vous !"

Irvin-secretsTwilight

Ce livre est un recueil de textes philosophiques, sociologiques ou littéraires autour de la saga de Stephenie Meyer, qu'il faut avoir lu pour le comprendre.
Ils ont été réunis et édités par William Irvin.

Il est difficile de donner un avis sur la totalité de ce livre tant les articles qui le composent sont hétérogènes dans leur contenu. Je vais donc plutôt vous livrer des réflexions qui me sont venues un peu au fur et à mesure de ma lecture.

J'ai tiqué dès les remerciements en raison de l' expression "culture populaire", qui d'une part semble sous-entendre qu'il existe une "culture élitiste" O_O et d'autre part a du mal à correspondre avec le contenu souvent ardu de la suite du livre. On pourrait se poser la question de ce qu'est LA Culture mais ce n'est pas le sujet de cet article (qui je m'en aperçois maintenant risque d'être fort long), je vais donc m'arrêter sur la culture populaire, en partant du principe que c'est donc celle du peuple, ce qui pourrait vouloir dire qu'elle est  accessible au plus grand nombre.
Mais, si on considère d'une part le système scolaire français, dans lequel l'étude de la philosophie n'intervient qu'en Terminale générale et technologique (et encore à dose minime pour un certain nombre) - ce qui nous fait à peu près 15% de bacheliers (pas de la population) ayant pratiqué de manière suffisante la dite matière, et d'autre part que les textes de ce livre se réfèrent régulièrement aux grands philosophes tels que Platon, Kant, Nieztsche etc, peut-on raisonnablement penser que ce livre fait partie de la culture populaire ? Permettez-moi d'en douter. De même, je doute aussi que le fait de philosopher sur une saga lue "de 8 à 50 ans" (au passage 8 ans me fait bondir, ce livre n'étant pas du tout classé jeunesse)  rend la philosophie accessible à tous. Bref, c'était mal parti pour moi…

L'ensemble du livre suit le découpage en quatre tomes de la saga, les articles étant censés se référer plus au tome dans lequel ils sont classés. Ce n'est pas toujours le cas, mais ce n'est pas dérangeant.

Les essais qui composent la partie Fascination sont plus que décevants , l'argumentation est facile comme l'analogie entre la nourriture et le désir sexuel par exemple, les postulats de base sont erronés - Bella végétarienne alors qu'elle mange régulièrement des lasagnes ou du poisson ? - et dans le cas contraire ils restent très en surface du sujet. Au final, ils n'apportent rien aux livres et je les ai trouvés très peu convaincants.

Les essais qui composent la partie Tentation sont plus travaillés mais demeurent inégaux. Ainsi la question de Dieu dans Twilight, qui dès l'abord paraît surprenante, aboutit à une conclusion en queue de poisson ; alors que, l'article intitulé Mordre ou ne pas mordre ? Twilight, l'immortalité et le sens de la vie offre une véritable réflexion sur la mortalité, l'immortalité et le sens de l'amour dans les deux cas. Bien que moins argumentées, j'ai aussi trouvé intéressantes les idées exposées sur le libre-arbitre des loups-garous (et accessoirement des humains) dans le dernier essai de cette partie.

C'est dans les essais de la partie 3 Hésitation que j'ai enfin trouvé des textes profonds, travaillés et abordant les questions qui m'intéressaient plus. Si je suis passée très vite sur  la comparaison entre Bella et Sarah Pallin  qui m'a beaucoup fait sourire, j'ai pris le temps pour l'article passionnant sur L'amour des vampires, Le deuxième sexe négocie le vingt et unième siècle de Bonnie Mann qui démontre d'une manière fort pertinente comment les "promesses de Twilight" peuvent paraître inquiétante en particulier pour l'image actuelle de la femme, en se référant pour cela au Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir (que j'ai bien envie de relire du coup). Cet essai-là replace parfaitement bien Twilight et les idées qu'il véhicule face au féminisme, à la parité et  surtout simplement à ce que veut dire être une femme de nos jours.
Le suivant est beaucoup plus littéraire, et à ce titre ne pouvait que me plaire, et compare cette fois les héros de Twilight aux héros byroniens, offrant au passage un parallèle plus qu'intéressant entre Bella et Jane Eyre et une autre vision du féminisme - même si la conclusion rejoint le précédent.
Plutôt bien construit, l'article L'amour et la société patriarcale m'a laissée  indifférente : il faut dire qu'il se contente de mettre en relief des éléments très évidents du livre.

Par contre, je ne peux résister à m'attarder sur Le "vrai" danger, Le réel contre l'imaginaire pour le public féminin de Rebecca Housel qui ouvre sur un paragraphe choc - jugez par vous-même  :
"Les titres des journaux hurlent "jeune femme de dix-huit ans abattue par son mari après son accouchement". Vous continuez à lire et vous apprenez que la femme avait subi un lavage de cerveau dans une secte étrange, buveuse de sang, dont les membres se font passer pour une "famille", tout en n'ayant aucun lien de parenté entre eux. Le mari de la jeune femme était beaucoup plus âgé qu'elle et cachait un passé violent. De plus , vous apprenez que son mari la traquait avant le mariage, l'espionnait en cachette depuis les bois qui entourent sa maison, rentrait par une fenêtre mal verrouillée pour la regarder dormir à son insu. Une fois que la jeune femme d'à peine 17 ans a entamé une relation avec cet homme et sa famille, on l'a encouragée à se marier avec lui tout de suite après son bac. On a signalé que la jeune femme était rentrée de sa lune de miel enceinte et couverte de bleus. Son mari ne se réjouissait pas de sa grossesse et voulait qu'elle avorte. Elle a refusé, et finalement il a arraché le bébé de son ventre, la vidant de son sang jusqu'à ce qu'elle arrête de respirer." p.157
Voilà le résumé de Twilight, donné en début de cet article,  s'ensuit toute une argumentation sur les violences faites au femmes en particulier dans le cadre conjugal (il faut avouer que les chiffres cités font plus que peur) mais aussi sur les risques encourus de par le modèle qui peut être véhiculé par cette saga. J'avoue que le rapprochement entre ces faits, les études sur la Génération Moi d'une part et le simulacre d'autre part sont particulièrement convaincants et ont sérieusement renforcée mon idée sur le fait que "non ! Twilight n'est pas un livre pour les pré-ados d'une dizaine d'années" ; car il est important, même immergé dans une belle histoire, de garder un vrai recul face à la fiction. Du coup j'encourage fortement la lecture de ces quelques pages très intéressantes., même si vous n'avez pas lu Twilight.

La  partie 4 Révélation commence dans la même veine avec une réflexion existentialiste sur Notre attraction fatale envers les vampires par Jessica L. MacMahon proposant des arguments de fond sur notre humanité avec une phrase conclusive que j'ai littéralement adorée tant elle me paraît juste :
"En éveillant et exacerbant notre appétit pour l'inhumanité, les vampires humanistes [vous noterez le jeu de mots au passage] sont plus séduisants et finalement plus dangereux que les vampires pervers traditionnels." p.183

Les articles suivant ont moins captivé mon attention. En effet que ce soit la sémiotologie, l'ontologie ou le tao, ils abordent des notions sur lesquelles j'aurais eu besoin de retravailler sérieusement pour en saisir pleinement le sens. Cependant j'y reviendrai certainement ultérieurement car l'ensemble s'avère fort intéressant.
Deux mots sur l'article qui reprend les idées du mormonisme de Stephenie Meyer dans sa saga, même si il ne m'a rien appris de plus que ce que j'avais déjà lu sur le sujet, je l'ai trouvé plutôt objectif et clair, malgré une certaine simplicité et une ou deux phrases m'ont interpellée suffisamment pour que là aussi j'y revienne plus tard.

Pour conclure, mis à part quelques textes moins travaillés et approfondis, ce livre est une bonne surprise pour moi. Les multiples références philosophiques et littéraires, l'argumentation  sans fanatisme et les sujets abordés en font un complément plus qu'intéressant à toutes les réflexions - écrites ou non -  que m'avait déjà inspirées la lecture de la saga.
J'ai juste regretté la traduction qui apparemment a totalement gommé les différences de style entre les différents essayistes.

Reste une question, fondamentale à mes yeux (et qui rejoint l'introduction) à quel public est destiné ce livre ?
Les ados, pré-ados et un certain nombre de lectrices n'ont pas la culture  les références nécessaires à la compréhension de ces textes. Les universitaires ayant lu Twilight sont-ils légion ? je ne crois pas. Quand aux fans inconditionnelles, sauront-elles garder le recul indispensable pour ne pas jeter ce livre aux orties ? Une seule chose est certaine, si Twilight est une œuvre populaire, ces textes-là ne le sont pas.

En tout cas, quelle que soit la catégorie dans laquelle vous vous classez, j'invite fortement celles qui l'auraient lu (et les autres aussi bien sûr) à me faire part de leurs réflexions, car je trouve qu'il ouvre la voie à discussion.

Lu dans le cadre deABC-imagin-2012