Ce 22 mai est décédé Henri Dutilleux. "Le dernier des géants" comme titrait Classica lors d'une interview en février 1999, nous a quittés à l'âge de 97 ans et c'est un pan entier de la musique française qui disparaît avec lui.

Dutilleux

Né en janvier 1916, surdoué de l'écriture puisqu'il est prix de Rome à 22 ans, il était le dernier représentant de cette école musicale née à la fin du XIXe pour laquelle le timbre, les couleurs et la forme primaient. Digne héritier (mais pas suiveur) de Debussy et Ravel, son œuvre s'inscrit en marge des différents courants de la musique contemporaine, ce qui n'empêche pas qu'elle est une des plus jouées au monde. (Pour en savoir plus - l'article du Monde et celui de Qobuz ).

J'en aime
- les références poétiques des titres : Tout un monde lointain - concerto pour violoncelle - ; Ainsi la nuit - quatuor à cordes - ; La nuit étoilée - Timbres, espace, mouvement (véritable résumé de sa façon d'écrire) ; L'arbre des songes - concerto pour violon - ; The Shadows of time, une de ces dernières œuvres pour orchestre ou encore Le Temps l'Horloge, son dernier cycle pour voix.
- la façon qu'il a de jouer avec la mémoire de l'auditeur utilisant la rémanence et les réminiscences comme point de repères dans la forme. Il disait "prendre l'auditeur par la main à son insu tout en faisant en sorte qu'il s'y reconnaisse, qu'il sache où l'on est". Ce qui rend son œuvre incroyablement classique et moderne, tout simplement intemporelle.
- l'homme, exigeant, admirateur de Barbara, Gainsbourg, Brassens, Brel, Trenet et qui déplorait la pauvreté de la variété actuelle, pour ériger en modèle les grandes chanteuses de jazz telles que Ella Fitzgerald ou Sarah Vaughan. Il était aussi un pédagogue écouté et reconnu de ses pairs.

Et pour illustrer tout cela, quoi de mieux qu'un Prélude pour piano - D'ombre et de silence - propice au recueillement.