Résumé
Invisible, indéfinissable, malfaisante, la "chose" rôde déjà autour de lui. L'homme est pris de fièvres, d'insomnies, de cauchemars. D'étranges phénomènes se passent pendant son sommeil puis sous ses yeux. Est-il fou ? Possédé ? Victime d'un être surnaturel ?

LeHorla

J'ai lu ce livre pour la première fois (comme beaucoup sans doute) au collège. Et il m'avait suffisamment terrifié pour ne pas avoir envie de le relire. Il a donc fallu qu'il soit l'objet d'un Book Club sur Livraddict pour que je me décide à le ressortir de ma bibliothèque. Et si l'effet fut amoindri puisque je n'avais plus l'effet de surprise, il n'en reste pas moins un texte extrêmement efficace et terriblement bien conduit.

Alors de quoi s'agit-il ? Le Horla est une nouvelle qui se décline en 2 versions successives auxquelles peut s'ajouter la Lettre d'un fou (1885) qui recoupe les mêmes événements :
- 1885 Lettre d'un fou
- 1886 la nouvelle Le Horla , présentée sous la forme d'un récit oral d'un "aliéné" à un groupe de médecins et scientifiques.
- 1887, la même nouvelle est reprise et enrichie sous la forme d'un "journal intime" d'un homme que je qualifierai de normal.

Cet homme (le narrateur quelque soit la version) est le témoin involontaire d'un certain nombre d'événements étranges - Attention spoilers - il se réveille alors que quelqu'un l'écrase et aspire son souffle, sa carafe se vide toute seule, une rose est coupée sans personne pour le faire etc - Fin du spoiler
Tout ceci l'effraie. Il pense d'abord faire des cauchemars, ou être somnambule mais après vérification ce n'est pas le cas. Il s'éloigne de chez lui : tout va mieux ; il en conclut donc qu'un Etre invisible vit dans sa maison, se repaît de son souffle… à moins qu'il ne soit en train de devenir fou.

Si on lit seulement la première version, cette explication semble plausible : elle est d'ailleurs argumentée et il est même donné un aperçu des recherches de l'époque autour des maladies nerveuses et de la "folie", voire du surnaturel. Malgré tout, Maupassant laisse planer le doute (oui c'est une nouvelle fantastique du XIXe donc doute il y a - souvenez-vous ! -).
Dans la deuxième version, cette explication disparaît et le doute est encore plus fort. Car l'idée du journal enlève le côté "aliéné" du narrateur et nous n'avons plus les interlocuteurs pour justifier ou non cette folie.

Alors est-il fou ? c'est justement là que réside le fantastique de l'histoire. Si il est fou, il y a une explication à ce qui se passe, si il ne l'est pas, j'ai envie de dire à chacun de croire ce qu'il veut… En lisant les deux versions à la suite, j'ai eu la sensation que Maupassant essayait de gommer l'explication de la folie, pour laisser une plus grande place au fantastique.

Cependant, pour moi l'intérêt de ces textes ne réside pas tant dans la folie, que dans la terreur qui en ressort. On sent que le narrateur est réellement torturé et terrifié par les différents événements. Ceci est encore plus sensible dans la deuxième version où la montée de la tension est plus dosée en raison des épisodes hors de la maison qui coupent un peu alors qu' à chaque retour un nouveau cran est franchi. Ainsi,  l'idée de l'être invisible se fait par insinuation et donc marque plus profondément. Par contrecoup, si la conclusion de la première version laisse planer le doute une fois le récit fini, celle de la deuxième version fait froid dans le dos. Et le récit n'est pas achevé…

Quelques mot sur le style de Maupassant dans Le Horla (et la plupart de ses nouvelles) : il a un sens de la phrase précise et du mot juste. Il ne s'épanche pas en grandes descriptions ou sentiments mais va droit au but avec moins d'apprêt et de sophistication que Flaubert qui fut son maître. Ce qui donne un langage très moderne pour l'époque ; même si ce qu'il raconte est parfaitement daté.

Au final, ce sont deux textes très prenants, qui font mouche et que j'ai réellement apprécié de relire malgré l'impression de malaise qu'ils laissent.

NB  : On pense facilement à une sorte d'autobiographie mais la plupart des commentaires que j'ai lus autour du Horla indiquent qu'il faut prendre garde à cette idée puisque son cerveau n'était pas atteint lorsqu'il a écrit ces textes.

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2/10

ChallengeClassiquePar Mois