4e de couverture - éd. Gallimard
"En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire "oui" : elle veut faire respecter son voeu de s'offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe... Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son père et ce souffle l'entraînera jusqu'en Terre sainte."

Domaine-Murmures

Cela fait longtemps que je désirais lire ce livre, Prix Goncourt des Lycéens 2011, mais je ne me décidais pas à franchir le pas. Encore une fois il a fallu les challenges pour que je l'ouvre et je ne suis absolument pas déçue du voyage. C'est un OLNI que ce livre : roman aux allures de légende, récit historique en forme de monologue ou histoire fantastique sur fond de Moyen-Age… un peu tout ça à la fois. Totalement inqualifiable et absolument magnifique, il est difficile de ne pas se laisser prendre… et pourtant le départ fut laborieux.

On entre dans le Domaine des Murmures (le livre et le château) comme un promeneur qui arrive dans ses murs après une marche écrite comme une mise en ambiance. Et quand le texte commence, première surprise : c'est Esclarmonde elle-même qui raconte son histoire. Ma première réaction fut un mouvement de recul, car le style est loin du XIIe siècle conté et au niveau réalisme, il apparaît évident qu'Esclarmonde ne pouvait pas s'exprimer de cette manière.
Mais la beauté du texte eut vite raison de mes réticences.

Cependant à peine à la moitié, j'ai eu un vrai passage à vide, trouvant l'histoire redondante (les journées d'une recluse ne sont guère variées) et ayant un peu la sensation que l'auteur s'écoutait parler à travers son personnage.
C'est alors qu'un événement majeur intervient et fait s'accélérer le rythme en changeant totalement la donne du texte.

Au final que reste-t-il ?
Un texte très original qui, dans ce Moyen-Age au mysticisme exacerbé, pose la question de la limite entre la foi et les croyances, entre la sainteté et la folie et même entre le réel et l'imaginaire. De plus, on se demande avec Escarlmonde le bien-fondé de son acte : a-t-elle voulu être recluse pour Dieu ou pour elle ?

"Que cherchais-je donc en entrant en ces murs ? L'extase mystique, la proximité de Dieu, la splendeur du sacrifice ou la liberté qu'on me refusait en m'offrant en mariage ? N'allais-je pas tout perdre si je laissais ce vivant mensonge me ligoter l'âme ?"

La question est directement posée mais les réponses sont, elles, à chercher entre les lignes, dans les actes ou dans les songes (d'ailleurs sont-ce des songes, des visions ou des hallucinations ?).

L'ensemble est écrit d'une manière très lyrique, comme un long monologue d'une tragédie classique (j'ai même retrouvé la scansion des alexandrins dans certaines phrases), avec aussi une grande poésie et un souffle qui réussit à tenir malgré les quelques bémols déjà relevés.

Alors oui j'ai aimé, et oui je relirai ce texte et d'autres de l'auteur pour retrouver cette plume unique dans un autre contexte, peut-être plus porteur pour moi.

historique2013

Lettre M

ABC-2013