Le romantisme musical couvre à peu près tout le XIXe siècle, bien que certaines œuvres - françaises notamment - des années 1890 n'en fassent plus vraiment partie ; alors que les Quatre derniers Lieder de Richard Strauss en 1948 en utilisent encore l'esthétique (à sa décharge Strauss est alors un vieux monsieur de 84 ans et vu la beauté de l'œuvre, on lui pardonne aisément son côté un peu rétrograde). Globalement, le romantisme commence avec Beethoven pour se terminer à la mort de Mahler (1911).

Car oui, je revendique Beethoven comme premier des romantiques (il y a des centaines de pages et de discussions là-dessus dans le monde des musiciens et des musicologues mais pour moi, "il n'y a pas photo"). Que l'on argue du fait que c'est à propos de sa Ve symphonie que le mot romantisch est utilisée pour la première fois pour une œuvre musicale par un connaisseur - E.T.A. Hofmann lui-même - ou de celui que nombre de compositeurs vont se réclamer de son école, ne suffit pas. C'est bien son œuvre elle-même qui plaide pour cette idée car elle contient en germe (ou déjà écloses) toutes les innovations et les grandes idées de ce XIXe musical.

Le romantisme musical voit ainsi disparaître la conception sociale du musicien en livrée au profit de l'artiste qui s'exprime librement et vit de son art, ce que Beethoven va faire et largement (contrairement à Mozart mort dans la pauvreté). La conséquence directe est que la musique quitte les Cours et Chapelles pour s'adresser à un plus grand nombre dans les salons et les concerts. Ceci ouvre aussi la voie aux grands virtuoses : les pianistes, violonistes et bien sur les chanteurs lyriques vont devenir les stars de l'époque.

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Joseph Danhauser - Franz Liszt au piano

A la suite de Beethoven, la musique instrumentale va connaître une nouvelle extension avec la symphonie (Berlioz, Brahms, Mahler) et la musique pour piano (Chopin, Liszt, Schumann).
L'orchestre va s'enrichir et se diversifier tandis que les formes s'étendent avant d'éclater complètement. La virtuosité instrumentale, en particulier pianistique et violonistique, va se mettre au service d'une expressivité de plus en plus exacerbée.
Celle-ci s'exprime d'ailleurs autant dans les formes courtes comme le lied (Schubert) que dans les longs opéras (Wagner, Verdi ) de la fin du siècle.

Les préoccupations politiques des écrivains romantiques vont aussi essaimer parmi les musiciens qui utilisent leur art au service de revendications nationalistes en particulier avec l'utilisation des chansons folkloriques (Dvorak, Smetana, Grieg) ou des légendes (Wagner, le Groupe des 5) ; ainsi que l'émergence d'écoles nationales (comme en Russie) et de prise de position comme celle de Verdi en Italie.

Je terminerai avec cette citation - encore Hofman - qui résume magnifiquement ce qu'est la musique :
"La musique instrumentale est le plus romantique de tous les arts. Elle dévoile à l'homme un royaume inconnu, un monde qui n'a rien de commun avec le monde sensible qui l'entoure, un monde dans lequel il laisse derrière lui tout sentiment précis pour entrer dans l'indicible"