4e de couverture - éd. Le Livre de Poche -
"Il y a dix ans, la sublime cité d'Elantris, capitale de l'Arélon, a été frappée de malédiction. Ses portes sont désormais closes et nul ne sait ce qui se passe derrière ses murailles.
Kaé est devenue la première ville de l'Arélon. Quand la princesse Sarène y arrive pour épouser Raoden, l'héritier de la couronne, on lui apprend qu'il vient de mourir. Veuve d'un homme qu'elle n'a jamais vu, Sarène choisit pourtant de rester à la Cour, et tente de percer le mystère d'Elantris…"

Elantris

Premier roman publié de Brandon Sanderson, Elantris nous offre une fantasy avec peu de magie bien qu'elle soit quasi omniprésente et une quête de la vérité quasi en huis-clos, dans une construction maîtrisée bien qu'un peu prévisible. J'ai beaucoup aimé ce livre même si il n'est pas tout à fait à la hauteur de Fils-des-Brumes, la trilogie suivante de l'auteur.

Les personnages :
- on fait d'abord connaissance avec Raoden, juste avant qu'il n'arrive à Elantris et on va le suivre alors qu'il cherche de l'intérieur à comprendre pourquoi la magie n'opère plus. Son optimisme, sa bienveillance et sa ténacité en font un héros fort, qu'on a envie de voir réussir.
Pour cela, il va être aider par Galladon un Dula qui semble cacher bien des secrets mais dont la loyauté est rapidement toute acquise à Raoden. Ensemble, ils vont avancer peu à peu vers la vérité et transformer la vie des Elantriens.
- de l'autre côté du mur, Sarène arrive dans un pays inconnu pour épouser un prince qu'elle n'a jamais vu et qu'elle ne verra pas de sitôt car pour la ville entière, Raoden est mort. Mais son contrat oblige Sarène à rester à la Cour. Là elle va découvrir (et nous avec elle) les coutumes de la politique d'Aléron, les complots politiques, la condition féminine etc Et elle va avoir à cœur d'améliorer la vie qu'elle découvre (tout en se mêlant un peu de tout, il faut bien le dire). Un peu marginale, n'ayant pas ses yeux, ni sa langue dans sa poche, c'est une héroïne forte aussi que nous offre Sanderson mettant ainsi les deux sexes à égalité de traitement.
Autour d'elle va graviter un certain nombre de personnages plus ou moins importants comme son oncle Kiiz et sa famille, certains ducs (dont Roial) et comtes ainsi que les dames de la Cour, qu'elle va un peu bousculer, ce qui donne des scènes assez drôles et savoureuses.

- Enfin, il faut compter dans tout cela avec Hraten, prêtre déréthi, venu convertir l'Arélon pour le compte de son maître - le Wyrn - vieil ennemi d'Elantris ainsi qu'avec les autres prêtres de cette même religion et en particulier Dilaf, dont le fanatisme cache bien des choses autres que la simple religion.

L'histoire :
D'un côté, on suit Raoden dans sa quête interne à Elantris et ses progrès pour aider ses concitoyens. De l'autre Sarène et Hraten. Si à Elantris, le quotidien est difficile; au-dehors, la Cour est l'objet de toutes les convoitises tant politique que religieuse. D'ailleurs, Sanderson dénonce clairement les problèmes de mauvaise gestion et du partage des richesses et ceux liés aux guerres de religion et aux fanatismes de tous bords.

J'ai particulièrement apprécié ce mélange politico-religieux qui porte l'essentiel de l'intrigue. Cela peut paraître ardu ou difficile dit ainsi mais tout se déroule par petites touches, l'intrigue se construisant bribes par bribes, dévoilant peu à peu les complots mais aussi les personnalités et buts de chacun. Ici pas de grand méchant mais des réactions très humaines tant du bon que du mauvais côté. Et j'ai vraiment trouvé intéressant la manière dont l'auteur dénoue peu à peu les fils. D'ailleurs il semble que ce soit récurrent chez lui, l'idée de reconstruire après un grand chambardement et on sent qu'il y a une vraie réflexion politique, philosophique et même sociale derrière tout ça.
Un seul regret : que la fin soit si prévisible dès les trois-quart du livre (même si je l'ai aimée, elle ne m'a pas surprise du tout).

Et je terminerai par le style de Sanderson qui est plus qu'agréable. Il alterne de manière magistrale les descriptions  et les moments d'action, jouant avec le rythme de ses phrases ; mais aussi les zooms passant de Raoden à Sarène puis Hraten et ce sans redite, juste des croisements par petites touches. Enfin, il y a un je-ne-sais-quoi dans son écriture, un petit supplément d'âme qui le rend très reconnaissable, voire unique et qui m'a touchée dès le départ.

Au final, un excellent roman de fantasy politique avec des messages forts, des personnages porteurs et juste ce qu'il faut de magie pour nous transporter ailleurs. C'est passionnant, ça coule de source et je n'ai qu'une envie : retrouver la plume de Sanderson dans un autre opus.

Lettre SABCI-2013

fantasy2013

New-Pal-2013