4e de couverture - éd. Folio -
"Dans la chaleur d'une île grecque, un homme démêle l'écheveau de son destin.
Fils d'un modeste pelletier, il est devenu l’homme le plus riche de France. Il a permis à Charles VII de terminer la Guerre de Cent ans. Il a changé le regard sur l'Orient. Comme son palais à Bourges, château médiéval d’un côté et palais renaissance de l’autre, c’est un être à deux faces. Aussi familier des rois et du pape que des plus humbles maisons, il a voyagé à travers tout le monde connu. IL a vécu la chute, le dénuement avant de retrouver la liberté et la fortune. Parmi tous les attachements de sa vie, le plus bouleversant fut celui qui le lia à Agnès Sorel, la Dame de Beauté, première favorite royale de l’Histoire de France. Son nom est Jacques Coeur."

GrandCœur

J'avais repéré ce livre chez plusieurs copinautes dont Joyeux-Drille, stellade, licorne ou A-Little-Bit-Dramatic. Aussi quand Livraddict et les éditions Folio l'ont proposé en partenariat, je n'ai pas hésité. Je les remercie donc d'autant plus pour leur confiance.

 Certains d'entre vous connaissent déjà ma passion pour l'Histoire et encore plus quand la petite histoire s'en mêle. De Jacques Cœur, je ne connaissais à peu près rien en-dehors du fait qu'il était né à Bourges vers 1395 (mort en 1456) et de son rôle de Grand Argentier de Charles VII cité dans les livres d'Histoire justement. Rufin nous le fait découvrir de l'intérieur, profitant à la fois d'une vie mouvementée et de nombreuses failles dans les archives pour en faire un portrait romancé mais rigoureux historiquement parlant.

Pourchassé et isolé sur l'île de Chio, Jacques Cœur ressent le besoin d'écrire ses mémoires afin  de discerner qui le traque.
Fils d'un pelletier de Bourges, affublé d'un physique faible, le petit Jacques découvre rapidement le pouvoir de l'esprit et la place de chef de bande qu'il peut lui procurer. Fasciné par l'Orient après avoir vu de manière fortuite un léopard, c'est lors d'un voyage à Damas qu'il va entrevoir toutes les possibilités qu'offre le commerce et l'échange entre les peuples. Alors lui qui refuse la morgue et la suprématie des seigneurs va tout mettre en œuvre pour que ces possibilités deviennent réalité et tournent définitivement la page de la chevalerie, des Croisades et d'une certaine féodalité.

Et c'est bien à un tournant d'Histoire que nous assistons à travers la vie de Jacques Cœur : la fin de la Guerre de Cent ans, le début des échanges entre tous les mondes connus (qui ne sont pas sans faire écho avec la mondialisation actuelle) et au passage la naissance des arts tel qu'on les concevait à la Renaissance ; bref un monde qui change sous les yeux d'un visionnaire.

J'avoue avoir parfois eu du mal à m'y retrouver dans les données purement économiques ou commerciales ; avoir souffert aussi de voir comment un rêve idéaliste peut conduire un homme à des tâches si bassement matérialistes que celles de prêteur par exemple ; ou même lorsqu'il s'aperçoit qu'il ne profite pas réellement de toute sa richesse (et pas uniquement au point de vue matériel).
A l'inverse, j'ai apprécié voir ses idées fructifier, faire changer les rapports entre les hommes qu'il côtoie et surtout j'ai trouvé extrêmement bien rendu à la fois sa montée en puissance et toutes les tensions que cela génère entre lui et ses compatriotes et en particulier, entre lui et le Roi Charles VII.
C'est peut-être le personnage qui m'a le plus marquée au final tant Rufin nous donne l'impression de le côtoyer, de l'observer et même de le comprendre d'une manière très intime, en nous laissant clairement entrevoir ses défauts, ses faiblesses. On sent assez rapidement dans les rapports entre ses deux hommes que Jacques Cœur a tout à craindre de Charles VII et qu'une partie du dénouement est inéluctable.

Assez curieusement d'ailleurs, je pensais que la chute viendrait d'Agnès Sorel ; mais il semble bien que les relations entre Jacques et la Dame de Beauté n'aient jamais inquiété Charles VII. D'ailleurs qu'en savait-il vraiment ? Là aussi Rufin brode une amitié amoureuse qui apporte un peu de sentiments et de sensibilité dans tout cela, même si elle ne m'a pas vraiment touchée.

Car c'est le principal reproche que je ferai à ce roman : il ne m'a pas emportée autant que je l'aurais aimé. Portrait sans concession et très détaillé, il manque singulièrement d'émotions. Le ton est froid, presque analytique. Certes cela peut correspondre au caractère que Rufin prête à Jacques Cœur ; cependant le visionnaire d'un monde idéal qu'il est peine à donner de cette vision une vue rêvée. Et lorsque l'auteur se laisse aller à un peu plus de lyrisme, les tournures de phrases se rapprochent vite du XIXe, ce qui est m'a gêné. Bref, cela manque de souffle.

Au final, c'est un roman riche et enrichissant dont les visions du commerce et de l'échange ont d'étranges résonances dans notre société actuelle. C'est surtout le portrait saisissant d'un homme déjà moderne, attaché à ses idées et qui fera tout pour les voir mises en œuvre, jusqu'à en perdre sa liberté. A lire, à relire et à méditer.