4e de couverture - éd. Folio/SF
"Un groupe d'élite, formé dès l'enfance à faire face, part des confins d'une terre féroce, saignée de rafales, pour aller chercher l'origine du vent. Ils sont vingt-trois, un bloc, un nœud de courage : la Horde. Ils sont pilier, ailier, traceur, aéromaître et géomaître, feuleuse et sourcière, troubadour et scribe. Ils traversent leur monde debout, à pied en quête d'un Extrême-Amont qui fuit devant eux comme un horizon fou.
Expérience de lecture unique, La Horde du Contrevent est un livre-univers qui fond d'un même feu l'aventure et la poésie des parcours, le combat nu et la quête d'un sens profond du vivant qui unirait le mouvement et le lien. Chaque mot résonne, claque, fuse : Alain Damasio joue de sa plume comme d'un pinceau, d'une caméra ou d'une arme …
Chef-d'œuvre porté par un bouche-à-oreille rare, le roman a été logiquement récompensé par le Grand Prix de l'Imaginaire."

HordeContrevent

" Imaginez une Terre poncée, avec en son centre une bande de cinq mille kilomètres de large et sur ses franges un miroir de glace à peine rayable, inhabité. Imaginez qu'un vent féroce en rince la surface. Que les villages qui s'y sont accrochés, avec leurs maisons en goutte d'eau, les chars à voile qui la strient, les airpailleurs debout en plein flot, tous résistent. Imaginez qu'en Extrême-Aval ait été formé un bloc d'élite d'une vingtaine d'enfants aptes à remonter au cran, rafale en gueules, leur vie durant, le vent jusqu'à sa source, à ce jour jamais atteinte : l'Extrême-Amont. Mon nom est Sov Strochnis, scribe. Mon nom est Caracole le troubadour et Oroshi Melicerte, aéromaître. Je m'appelle aussi Golgoth, traceur de la Horde, Arval l'éclaireur et parfois même Larco lorsque je braconne l'azur à la cage volante. Ensemble, nous formons la Horde du Contrevent. Il en a existé trente-trois en huit siècles, toutes infructueuses. Je vous parle au nom de la trente-quatrième : sans doute l'ultime. "

Livre repéré quasiment dès mon inscription sur Livraddict puisque cela fait plusieurs années qu'il est à l'affiche des babys challenges, il m'a été offert par Meldc lors du swap Tissons des Liens. Je repoussais sans cesse sa lecture parce que ce petit pavé de 700 pages commence d'une manière effarante et je ne trouvais pas le courage de m'y mettre sérieusement. Je dois donc un grand merci à MarieJuliet qui me l'a proposé pour le LDPA et m'a ainsi poussé à le lire … enfin !

Et je dois dire qu'il va m'être difficile de trouver les mots pour parler de ce livre à la fois ardu, déroutant, dur et extrêmement poétique, musical et émotionnellement fort. Je me suis réellement pris une claque à chaque chapitre et en suis sortie bouleversée tant par la destinée de la Horde que par toutes les questions et les messages que contient ce livre. En un mot : il est bluffant.

Regardez attentivement la couverture ! elle donne une idée assez crédible de la petitesse des hommes face au vent.
La première page du texte en rajoute commençant par une série de signes éparpillés, puis des bribes de mots en désordre comme bousculées, poussées par le vent … pour arriver à cette phrase "Nous sommes faits de l'étoffe dont sont tissés les vents". Pas deux pages d'écrites et j'étais déjà scotchée : il y a dans ces quelques mots tant d'évocation, de poésie, de musique aussi (essayez de vous la redire doucement en boucle et vous verrez que ces "f" et ces "s"  finiront par vous faire entendre le vent !).
Et puis j'ai plongé dans le roman lui-même et me suis retrouvée secouée, ballottée et en même temps agrippée ; bref en pleine tempête, comme intégrée à la Horde et totalement happée par ce livre hors normes.

L'histoire en elle-même est un voyage, celui d'un groupe de 23 hommes et femmes qui remontent le courant du vent pour en trouver l'origine. Ils traversent à pied les villages, plaines, déserts, villes et montagnes de la manière la plus directe possible, face au vent. Comme ils vont à rebours, le décompte de pages se fait aussi à l'envers et commencent à 700 pour arriver à 0.
Le vent ici n'est pas une petite brise toute simple ou une tempête éphémère mais revêt plusieurs formes dont certaines sont plus que fortes et brisent tout sur leur passages ; ce qui n'empêche pas la Horde de continuer à avancer cherchant sans cesse à trouver et à vaincre chacune des formes du vent.

Vent-Im_Salar_de_Uyuni
Formation de roche sur l'Altiplano bolivien due à l'érosion éolienne
Photo : Thomas Wilken

C'est ce périple qui nous est conté par les voix multiples de la Horde et même si, après la première moitié du livre, on se doute de la fin, l'important ici reste le cheminement de tous et  de chacun d'entre eux.

Certains passages sont surprenants comme l'escale sur L'Escadre frêle ou l'épisode de la Tour Fontaine ; d'autres choquants et difficiles tel la traversée de Norska et de Krafla alors que le duel d'Alticcio est un pur bonheur littéraire et que la Tour d'Ær laisse entrevoir nombre de questions existentielles souvent sans réponses.

Les personnages, nombreux car à la Horde elle-même s'ajoutent ceux qu'elle rencontre, forment un tout et sont en même temps parfaitement distincts. Ils parlent tour à tour, repérable grâce à leur signe noté en début de paragraphe (le marque-page fourni avec l'édition de poche est d'ailleurs bien utile au début pour se les remémorer), mais aussi par le tour de force littéraire qui fait que chacun à sa propre manière de s'exprimer et devient donc parfaitement reconnaissable au bout de quelques chapitres. Grâce à cela, on entre aussi un peu dans leur esprit ou dans leur peau et on apprend à les connaître.
Sans tous les détailler, j'ai vraiment apprécié Caracole le troubadour avec sa verve, ses néologismes poétiques, qui cachent ce qu'il est réellement et parfois le sérieux de ses visions. J'ai aimé aussi les filles : la petite Coriolis et ses questions, Callirhoé la feuleuse - faiseuse de feu - par son côté magique, Alme la soigneuse plus qu'habile et par-dessus tout Aoi, cueilleuse et sourcière pour son humanité et Oroshi, aéromaîtresse, pour son érudition. J'ai détesté (oui cela arrive) Golgoth, le traceur, le chef de toute cette bande ; car même si, sans sa ténacité et son audace, la Horde n'avancerait pas, il est trop dur, trop renfrogné et rancunier. Et puis il y a tous les autres parmi lesquels se distingue particulièrement le scribe Soc Strochnis, qui de simple rapporteur dans son journal, va devenir peu à peu la mémoire du groupe et de ses connaissances, tout en gardant une certaine naïveté très touchante.

Un groupe donc formé d'individus qui, au fur et à mesure du livre, sont de plus en plus individualisés jusqu'à La neuvième forme… Encore du vent ?

A côté de ceux-là, la grande force du livre vient incontestablement de son écriture. Comment définir le style d'Alain Damasio alors qu'il parvient à en adopter autant que de narrateurs ? Comment vous dire sa plume parfois incisive, parfois poétique, souvent joueuse avec les mots mais surtout toujours très juste ? C'est une écriture extrêmement dense, parfois même ardue à lire pas tant en raison du vocabulaire technique - quelle prouesse que de réussir à faire comprendre les différents termes liés à l'éolien sans jamais  descendre de niveau de langage ! -, que par la précision de chaque mot, de chaque phrase. Tout est pesé mais sans jamais être pesant. Au contraire, l'ensemble est prenant à un point inimaginable et pourrait se lire rien que pour la beauté et la puissance de la langue utilisée. J'aurais d'ailleurs pu vous mettre des dizaines de citations en plus de celle-ci

Au final, ce livre-univers, qui pourrait n'être qu'un banal journal de voyage, se révèle être un roman unique en son genre qui à partir d'une simple question "D'où vient le vent ?" offre un texte poignant et fascinant, ponctué de messages profonds (même si je n'adhère pas à tous et que je suis certaine d'en avoir loupé certains). La toute fin m'avait laissé perplexe mais à la réflexion elle renforce encore le côté iniatique et essentiel du voyage qui prime sur le reste.
Reste une question non tranchée pour moi : science-fiction ou fantasy ? le côté technique, l'absence de magie me fait pencher pour le premier alors que cet univers hors du temps irait plutôt vers le deuxième ; science-fantasy me conviendrait parfaitement.
C'est donc un livre que j'ai réellement aimé et qui m'a marquée durablement au point qu'avec le recul, je lui accorde un coup de cœur que j'hésitais à lui donner en le refermant.

PS…ittt ! et n'oubliez pas que vous pouvez aussi écouter l'album du livre ICI :)

Coup-de-coeur

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Lettre D

LittImaginaire-2014
8/12

Baby Fantasy 2014

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