Les Rougon-Macquart est l'œuvre majeure d'Emile Zola. Elle comprend 20 volumes et plus d'une centaine de personnages importants tous issus d'une même famille.

"Je veux expliquer comment une famille, un petit groupes d'êtres, se comporte dans une société en s'épanouissant pour donner naissance à dix, à vingt individus, qui paraissent, au premier coup d'œil, profondément dissemblables, mais que l'analyse montre intimement liés les uns aux autres. L'hérédité a ses lois, comme la pesanteur. […]
Les Rougon-Macquart, le groupe, la famille que je me propose d'étudier, a pour caractéristique le débordement des appétits, le large soulèvement de notre âge, qui se rue aux jouissances." Emile Zola, Paris, le 1er juillet 1871

Sous titré Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire, c'est aussi une chronique de celui-ci et de ses bouleversements dans toutes les couches de la société, vu d'une manière scientifique et qui marque le triomphe du naturalisme littéraire.

Cela fait plusieurs années que je me dis qu'il faut que je relise cette série dans l'ordre et de manière assez rapprochée pour mieux voir les liens entre les livres. En effet, j'ai découvert (sans doute comme beaucoup) Zola au lycée et j'avais été subjuguée par son style et la force de ses histoires. Peu à peu, j'ai lu les 20 romans, les ai relus aussi - certains beaucoup plus que d'autres - mais cela fait longtemps que je ne les avais pas repris. C'est maintenant chose faite et je vais essayer de vous en donner à chaque fois quelques éléments forts à défaut d'être clés.

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"Issus de la paysannerie enrichie, les Rougon portent en eux l'avidité du pouvoir et de l'argent. Une des branches de la famille, les Macquart, sera marquée par l'hérédité de l'alcoolisme, du vice et de la folie. Le coup d'Etat du 2 décembre 1851 entraîne les Rougon dans la conquête de Plassans, la capitale provençale du roman. La haine de l'empereur pousse Silvère, petit-fils de la matriarche, et Miette, sa femme, dans l'insurrection républicaine. De ces passions et de ces fureurs naîtront cent personnages, et celui, aux mille visages anonymes, de la foule et de la collectivité qui préfigure le XXe siècle."

Zola-Rougon-Macquart1

A la relecture de ce premier tome, j'ai été marquée par un certain nombre d'éléments que je n'avais pas vu lors de mes lectures précédentes, ou qui ne m'avaient pas paru aussi importants à ce moment-là. Petite revue de détails :

- la facilité de lecture : on entend souvent dire que les classiques sont longs et compliqués et j'avais aussi souvenir de pavés dans la série. Mais ce premier livre est plutôt plus court que les autres et malgré les nombreux changements de lieux et de périodes, je suis entrée très facilement dans l'histoire ; sans doute parce que je connais mieux aussi l'époque maintenant.
- l'importance de la mise en place généalogique : c'est clairement un élément qui m'avait échappé lors de ma première lecture (et je ne suis pas certaine de l'avoir ressorti bien souvent depuis) mais là tout découle de l'aïeule, de sa vie et des rivalités entre ses deux fils et sa fille. Du coup, j'ai apprécié de voir que tous les rouages pour les romans suivants sont déjà là : passionnant !
- le point de vue politique de l'auteur : car non seulement il livre les faits historiques mais on sent aussi clairement qu' il écrit en tant que républicain et même socialiste (au sens qu'avait le mot à la fin du XIXe siècle) ; et même si il dépeint l'ascension des Rougon, il leur laisse une large part d'ombre et de secrets pas très glorieux.
- enfin, j'avais oublié la beauté de l'amour de Silvère et Miette ; il faut dire que celui-ci reste un peu en marge de l'intrigue principale mais il apporte à l'ensemble une touche d'innocence et d'espoir bienvenue parmi les intrigues des bourgeois.

Je ne peux à côté de cela m'empêcher de vous parler, encore une fois et ce ne sera pas la dernière, du style de Zola qui dans ce roman alterne des descriptions proches du romantisme en liant les paysages aux sentiments et émotions, que ce soit justement pour les rencontres entre Silvère et Miette ou sur l'attente des différents événements, avec des passages plus rythmés dans lesquels l'action laisse place à des phrases plus courtes et plus enlevées, qui donnent un réel aperçu de l'accélération de l'histoire (et de l'Histoire aussi). Ajoutez à cela un vocabulaire d'une richesse incroyable et une documentation sûre ; et vous obtenez un chef-d'œuvre !

Inutile de préciser que j'ai adoré cette relecture et que je compte poursuivre très rapidement avec l'opus suivant.

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