Résumé du tome 1
"Dans sa forteresse d’Inuyama, l’impitoyable seigneur Iida Sadamu, du clan des Tohan, assure sa protection grâce au “parquet du rossignol” qui conduit à sa chambre. Construit avec un art consommé, ce parquet chante au moindre effleurement d’un pied humain. Aucun assassin ne peut le franchir sans qu’Iida l’entende…

Au XVIème siècle, dans un Japon médiéval mythique, le jeune Takeo grandit dans un village tranquille, au sein d’une communauté qui condamne la violence. Mais cette communauté est victime de persécutions, et les habitants du village de Takeo sont massacrés par les hommes d’Iida. Sauvé et adopté par sire Shigeru, chef du Clan des Otori, le jeune garçon se trouve plongé dans un univers d’intrigues et de luttes violentes entre les clans de ce Japon féodal.

Animé par son désir de vengeance et son devoir de loyauté, transporté par l’intensité de son amour pour la belle Kaede, Takeo devra trouver sa propre voie."

   

Clan-Otori1  Clan-Otori2  Clan-Otori3

J'ai connu ce livre grâce au Baby Challenge Historique de Livraddict et eu envie de le lire suite à l'avis de Nath du blog "Un chocolat dans mon roman". Pour tout dire, je lis peu de littérature japonaise ou japonisante, ne connais que peu aussi l'Histoire de ce pays en-dehors des grands événements du XXe siècle et ne m'y intéresse pas vraiment. Ce n'est pas un pays ni une culture qui m'attirent particulièrement. Ceci pour vous expliquer que j'étais comme neuve face à ce livre et je pense que du coup mon ressenti fut un peu faussé - en tout cas dans le premier tome - mais comme c'est dans le bon sens, cela m'étonnerait que ça dérange quiconque.

Tome 1 : Le silence du rossignol

J'ai trouvé ce premier livre extrêmement dépaysant que ce soit au niveau des noms des personnages, à cause des paysages ou des décors intérieurs, des costumes et des coutumes… , ce qui fait que j'ai commencé à le lire comme une œuvre de fiction totale presque un livre de fantasy médiévale. D'ailleurs l'intrigue principale s'y prête complètement.

Dans un pays en proie à d'importantes dissensions dont le seigneur Iida Sadamu chercher à profiter pour assurer son pouvoir, ses opposants Shigeru Otori et Dame Shirakawa, que Sadamu souhaite épouser, essaient de trouver un moyen pour que leurs clans gardent leur autonomie.
Takeo, jeune orphelin, élevé parmi les Invisibles, est recueilli par Shigeru Otori, son père biologique noble qui va peu à peu l'éduquer en fonction de son don, afin qu'il puisse franchir un jour le "parquet du rossignol" et l'aider à éliminer Iida Sadamu.
Kaede, elle, fait partie de la suite de Dame Shirakawa, elle apparaît plutôt effacée, un peu soumise mais est d'une grande beauté (suivant les standards japonais de l'époque ; ce qui m'a peu parlé au départ et je pense que je n'ai jamais eu une image réelle de ce personnage).
L'histoire entre les deux héros, malgré tout ce qui les sépare, paraît évidente dès leur première rencontre et ce en dépit les mises en garde répétées des adultes autour d'eux et en particulier du maître de Takeo : Kenji.

Si une bonne partie du texte nous présente l'éducation de Takeo justement, c'est à partir de cette rencontre que l'on entre vraiment dans l'action tant au niveau politique que physique de l'intrigue. Cependant, l'auteur distille tout au long de l'histoire des petits  faits, des non-dits, des impressions qui créent peu à peu une réelle tension jusqu'à un dénouement certes rapide mais extrêmement efficace ; et surtout changeant suffisamment la donne pour donner envie de lire la suite.

Malgré tout cela, ce ne sont ni les personnages, ni l'histoire qui m'ont le plus plu dans ce premier tome mais bel et bien l'image donnée du Japon par l'auteur à travers un style complètement poétique. C'est presque un rêve de Japon que forment les bois de bambous et les rizières,  les forêts sauvages des montagnes, les maisons aux cloisons mobiles et par-dessus tout les jardins, souvent décrits au crépuscule ou sous le clair de lune, avec un héron figé en leur centre (celui-ci est d'ailleurs l'animal emblématique des Otori).

Japon-Ginkakuji-2012
Ginkakuji 2012 - Antoinejou (source)

Japon-Ritsurin
Saihouji-kokedera. (source)

Ce sont des moments où le temps semble suspendu, des moments plein de grâce, de méditation même lorsque se prépare l'action suivante, de véritables condensés de zen.

J'ajouterai à cela que pour nous montrer les capacités hors normes de Takeo, Lian Hearn insiste particulièrement et toujours d'une manière poétique sur les bruits tant ceux des jardins que ceux de la nuit ou produits par les maisons, le bois etc ainsi que sur les silences, donnant petit à petit tout son sens au titre si évocateur de ce premier tome.
Tout ceci n'empêche absolument pas les scènes plus d'action, de combat ou même plus violentes de résonner, claquer avec une grande efficacité tant elles sont écrites d'une manière précise, concise dans une langue acérée et tranchant complètement avec la contemplation. Vous avez compris, j'ai été entièrement conquise par la plume de l'auteur.

Au final, ce premier tome présente une intrigue relativement classique sur fond de rivalités politiques (je n'ai pas vérifié les données historiques) mais que j'ai trouvé très dépaysante et surtout agréable à lire grâce à une narration parfaitement maîtrisée et un style qui m'a totalement emportée.

* * * * *

Tome 2 : Les neiges de l'exil

Si le début (environ la moitié) du premier tome fait office d'exposition, le deuxième est, quand à lui, clairement une sorte de transition qui permet de mettre en place les clés pour la suite.

D'abord, comme son titre l'indique, il se passe en partie pendant l'hiver qui suit les événements clôturant le Livre I. Il est donc  d'un rythme plus lent suivant la saison et avec une intrigue plus calme dans laquelle Takeo et Kaede vont poursuivre leurs chemins séparément.
Puis les tensions réelles qui le parcourent sont essentiellement d'ordre psychologique et il se passe davantage d'événements dans la tête de nos deux héros que dans l'histoire elle-même.
C'est pourquoi ce tome vaut surtout par l'évolution des personnages.

Ainsi Takeo, récupéré par la Tribu, est déchiré entre ses différentes origines auxquelles s'ajoute son éducation première d'Invisible. Il doit faire des choix mais hésite beaucoup, tergiverse sans cesse, cherchant d'abord à savoir où se trouve véritablement sa place. Cela donne un côté un peu répétitif voire longuet aux passages qui lui sont consacrés, que même les scènes plus animées peinent à relancer, d'autant plus que sa décision finale n'offre pas de surprise au lecteur.

A l'inverse, Kaede ne va pas cesser de s'affirmer sans doute grâce à l'influence de sa suivante Shizuka mais pas seulement, car elle se montre capable d'endurer de fortes pressions et de décider quelle place elle veut occuper sur l'échiquier politique.

Le style reste dans la même veine que lors du tome 1 et permet d'absorber les quelques longueurs dues essentiellement au suivi du rythme de la saison donnée.

 

ABC2015-logo

* * * * *

Tome 3 : La clarté de la lune

"Ton domaine s'étendra de la mer à la mer, mais un bain de sang est le prix de la paix. Tu la conquerras en cinq batailles : quatre victoires et une défaite…"
C'est fort de cette prophétie que Takeo a enfin tranché et il va maintenant marcher vers le destin qui l'attend. Mais il refuse d'abandonner Kaede en route.
Celle-ci de son côté va aussi devoir se battre pour faire reconnaître ses droits et son amour.

Paradoxalement, alors que l'action s'accélère et que la trame tissée jusqu'à présent se dénoue, ce tome m'a paru moins prenant que les précédents. Les personnages évoluent moins. Certaines scènes se répètent et tournent en rond. Là où j'attendais des passages épiques, les batailles tombent un peu à plat, souvent vite expédiées. Et, si le rythme des saisons : neige, inondations, tornades… est particulièrement mis en avant dans la marche de Takeo, le côté politique, lui, disparaît un peu enlevant beaucoup des tensions présentes dans les premiers tomes.
Ceci n'empêche pas la présence de belles envolées mais dans l'ensemble ce tome est presque trop prévisible et donc moins envoûtant, moins dépaysant que les précédents.

Malgré tout, il offre une formidable conclusion à cette trilogie ; qui reste une magnifique série avec une belle ouverture, même si très romancée, sur le Japon féodal. J'ai vraiment beaucoup aimé cette découverte que je prolongerai certainement avec d'autres livres dans le même univers.

chronique-express