4e de couverture - éd. Le Livre de Poche
"A la fin d'une chasse, pendant la curée, les chiens dévorent les entrailles de la bête tuée. Pour le jeune Zola qui déteste son époque, c'est le cœur de Paris, entaillé par les larges avenues de Napoléon III, que des spéculateurs véreux s'arrachent.Ce deuxième volume des Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire, est l'un des plus violents. Zola ne pardonne pas ces fortunes rapides qui inondent les allées du Bois d'attelages élégants, de toilettes de Worms et de bijoux éclatants. Aristide Saccard a réussi. Mais tout s'est dénaturé autour de lui : son épouse, Renée, la femme qui se conduit en homme, si belle et désœuvrée, son fils, Maxime, l'amant efféminé de sa belle-mère…"

Zola-Rougon-Macquart2

Comme je vous le disais dans ma chronique du premier volume, je reprends toute la série dans l'ordre et en profite pour pointer quelques éléments qui me marquent particulièrement.
La Curée a longtemps été un de mes romans préférés et sans aucun doute l'un de ceux que j'ai le plus relu, alors inutile de vous dire que j'ai - encore une fois - aimé m'y replonger. Cependant, j'ai été cette fois frappée par plusieurs points auxquels je ne me souviens pas m'être attachée précédemment.

Alors que le  premier chapitre nous plonge directement au cœur de l'histoire de Renée et Maxime, j'avais oublié que ce qui suit raconte d'abord l'ascension du personnage principal : Aristide Saccard, déjà croisé dans La Fortune des Rougon et l'un des fils Rougon (il change de nom pour ne pas compromettre son frère). Cette ascension est particulièrement détaillée et la tension constante qu'elle génère rendue d'une manière magistrale jusque dans le rythme des phrases de certains paragraphes. A côté de cela, les rouages de la spéculation sont décortiqués, mis à nu et démontrent que l'argent va à l'argent, ou comment faire de l'argent avec de l'argent si vous préférez (dans les deux cas, les traders actuels n'ont strictement rien inventé. Seule la mondialisation augmente les conséquences). Le propos est d'ailleurs d'une modernité confondante et on se demande ce qu'on appris depuis.

Cela pourrait être le sujet principal du roman mais finalement, ce n'en est que la toile de fond et c'est le personnage de Renée, jeune femme un peu écervelée et surtout qui s'ennuie à mourir, qui tient le devant de la scène. Et Zola de montrer comment l'argent mal gagné va peu à peu pourrir ceux qui s'en servent : l'épouse donc et avec elle le fils Maxime traîné dans toutes les débauches de son père et de sa belle-mère.
Pour se faire, Zola va décrire cet univers de grandes maisons trop riches, de dîners et bals, de promenades au Bois, mais aussi d'alcôves avec une incroyable sensualité. Lumières, couleurs, chaleur, contrastes des matières et des situations, tout est prétexte à des descriptions minutieuses et enveloppantes dont finalement se dégagent un étrange sentiment de malaise tant le cynisme affleure dans chaque phrase ou dialogue. Zola fut accusé d'obscénité à propos de ce roman et bien qu'il se défendit, il y a un réel voyeurisme dans ce tome qui dévoile les pensées, les faits et gestes les plus intimes d'une jeune femme rongée par l'idée d'aller toujours plus loin pour se distraire ; alors que dans le même temps, celui qui est à l'origine de tout continue à traverser la vie en croquant à pleines dents dans Paris.

Finalement, j'ai envie de dire que ce roman est à la fois très beau - les passages dans la serre par exemple sont magnifiques - et terrible, voire écœurant, par son propos. Mais c'est probablement aussi pour cela qu'il me plaît un peu plus que les autres.

Lu dans le cadre du challenge

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