4e de couverture - éd. Héloïse d'Ormesson
"Printemps 1918. Claude-Emma Debussy, affectueusement surnommée Chouchou, se confie à son journal intime. Portant un regard tendre sur le monde, elle y restitue son quotidien, à une époque marquée par la guerre.
En hommage à son père disparu, elle se promet de déchiffrer une partition chaque semaine au piano. Loin des gammes qu'on lui impose, elle écrit avec poésie et candeur la musique de sa vie. Comme dans l'œuvre de Debussy, la mélancolie se transmue en pure joie sous la plume de cette enfant prodige.
Journal imaginaire, La Fille de Debussy nous entraîne dans l'univers romantique d'une jeune fille pas comme les autres, qui fut la joie d'un compositeur de génie."

filleDebussy

Deux petites citations avant de commencer
"Aujourd'hui, papa est mort. Au salon, on parle de la mort du "grand Claude Debussy", mais qui se soucie de la mort du papa de Chouchou? Il faut croire que la mort d'un "grand compositeur" est plus importante que celle d'un "petit papa"." p.19

"chaque semaine, je jouerai un morceau de "Claude Debussy". Ce sera ma façon de fleurir sa mémoire, de le démourir. Je retracerai sa vie pas à pas, note à note." p.30

Debussy et moi c'est une longue et déjà vieille histoire d'amour musicale. Je crois que je connaissais La Mer par cœur bien avant d'être capable de déchiffrer sa musique au piano et ses œuvres sont restées dans mon répertoire comme dans ma vie au point de lui consacrer mon année de maîtrise et d'y revenir en permanence. Aussi quand ce titre est paru, je me suis dit: "Ce livre est pour moi". Puis j'ai oublié jusqu'à, il y a quelques semaines, lorsque j'ai vu le nom de Damien Luce sur le programme du Printemps du Livre de Montaigu (du 22 au 24 avril 2016). J'ai donc bondi sur l'occasion, non seulement de me le procurer dédicacé mais surtout de pouvoir échanger quelques mots avec l'auteur, qui a juste été adorable.

Et une fois n'est pas coutume, ce court roman n'est pas resté à dormir dans ma pile à lire mais je m'y suis immédiatement plongé. Pendant toute ma lecture, je suis restée sous le charme de ce livre qui va certainement faire partie de mes chouchous à relire et à feuilleter régulièrement.

J'ai aimé l'idée du journal imaginaire qui nous emmène dans le quotidien de cette toute jeune fille, par le biais de ses pensées parfois très enfantines, à d'autres moments très lucides ou plus adolescentes quand ses sentiments et émotions jouent au yo-yo. L'auteur donne ici au mot intime tout son sens et cela m'a fait du bien.

J'ai adoré retrouver au fil des pages celles écrites par Claude Debussy pour mon cher instrument, auxquelles s'ajoutent les commentaires ou les images de sa fille, avec beaucoup de tendresse et un peu d'humour, toujours  justes en seulement quelques mots.

J'ai apprécié le fait qu'il ne se passe quasiment rien, que ce soit d'abord et avant tout un roman d'ambiance dans lequel on passe de la mélancolie à une joie folle, du deuil à l'envie de vivre malgré l'absence et la solitude, malgré la guerre. Un livre dans lequel on croise de grands hommes - Caplet, Roger Ducasse, Eric Satie, Maurice Ravel… - qui paraissent presque insignifiants face au regard de Chouchou ; au côté de personnages qui prennent une place plus importantes pour elle : Gabrielle l'amie, Marius l'ami singulier et l'étrange M. Xantho. Et par dessus tout, j'ai aimé qu'on y sente toute l'attirance du compositeur, lui qui rêvait d'être marin,  et de sa fille avec lui pour l'océan, pour les voyages en bateau et pour le vent qui gonfle les voiles.

J'ai trouvé formidable ce parallèle qui se dessine entre la vie réelle de Chouchou, sa vie rêvée et l'omniprésence de ce père adoré qu'elle ressent dans la maison, dans son être - elle aussi est artiste jusqu'au bout - et dans sa musique qu'elle joue comme elle peut (il faut dire qu'il n'est pas donné à tout le monde de jouer tout Debussy et que lui-même parfois y renonçait).

Tout cela ne serait rien sans la magie de l'écriture de Damien Luce qui a su capter l'essence même de cette musique et en donner un reflet dans un texte à la fois poétique et évocateur, nostalgique et rempli de grands espaces. Il rend de plus avec un ton très juste les émotions de la narratrice, sa malice aussi quand elle égratigne "la vieille loutre" (serait-ce du vécu ?) avec ses gammes et son Czerny et son regard tant sur la musique que sur l'homme qu'était son papa, qu'elle nous rend si proche.

J'étais sans doute bien disposée au départ envers ce roman. Mais je suis aussi difficile à satisfaire quand on me parle de Debussy. Ce livre est pourtant une partition sans fausse note qui ouvre une magnifique porte vers la musique du compositeur. Il m'a parlé au cœur, à l'âme et jusqu'au bout des doigts. C'est donc un véritable coup de cœur !

Coup-de-coeur

Petit plus : si vous ne connaissez pas ou peu la musique pour piano de Claude Debussy, voici le lien vers une interprétation que j'aime beaucoup (et qui a la bonne idée d'être complète puisque vous y retrouverez les 74 pièces citées) pour profiter encore plus du roman.


"Cloches à travers les feuilles est peut-être ce que papa a écrit de plus beau. Ça caresse et ça tinte à la fois." p.91
Pour la suite, lisez-le ;)