4e de couverture - éd. Le livre de poche (2015)
"Joan Scudamore est une femme parfaite et consciente de l'être. Jusqu'au jour où, désœuvrée, obligée d'attendre en plein désert le train qui la ramènera dans son douillet petit nid anglais, elle commence à remuer des souvenirs, à évoquer son mari, ses trois enfants…Détective lancée sur la piste de sa propre vie passée, elle rassemble petit à petit, toutes les pièces du puzzle : une parole, un geste de l'un de ses proches, et un portrait se dessine, inattendu, horrible - le sien."

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Avant toute chose, je tiens à préciser que ce roman a bien été écrit par Agatha Christie mais publié sous le pseudo de Mary Westmacott qu'elle utilisait pour les romans non policiers.
J'avais repéré ce titre lors d'une recherche autour du mot "printemps" et j'étais fort curieuse de voir ce que pouvait donner l'auteure hors de son genre de prédilection. Mais il aura fallu une nouvelle session du Challenge Un mot, des titres pour que je me le procure et le lise.

Ne sachant à quoi m'attendre, je me suis laissée porter par cette histoire sans aucune action et je l'ai au final énormément apprécié.

L'intrigue : Dans le train qui l'emporte de Bagdad vers Londres, en ce printemps 1938, Joan Scudamore envisage l'avenir avec satisfaction. Sa vie est un modèle car elle a réussi à concilier brillamment mariage, enfants et carrière de son mari. Elle rentre donc sereine chez elle après avoir passée quelques temps chez une de ses filles qui avait besoin d'elle (du moins le pense-t-elle). Mais la voilà coincée pour plusieurs jours dans un relais du désert. Tant mieux, elle rêvait justement de se reposer et prendre un peu de temps pour elle.
Seulement, ne rien faire pousse à la réflexion et les souvenirs qui remontent vont l'obliger à s'interroger et s'apercevoir petit à petit que les personnes qui lui sont proches et ce qu'ils ont vécu ne sont sans doute pas ce qu'elle croyait.

C'est donc une sorte de puzzle déformant que ce roman, dans lequel la femme parfaite qui nous est décrite au début se révèle à travers de petits faits, quelques dialogues,  totalement différente. Au fil de ses souvenirs elle se voit telle que les autres la perçoivent et va s'efforcer d'accepter cette vérité, peu glorieuse il faut l'avouer.
Agatha Christie excelle dans l'art de révéler le fond de l'âme humaine. Dans ses romans policiers, c'est souvent grâce à cette connaissance que Miss Marple ou Hercule Poirot parviennent à distinguer le vrai du faux. Ce roman-ci ne déroge pas à la règle et la prise de conscience de Joan Scudamore avec ses angoisses, ses interrogations et ses conséquences est magnifiquement rendue et renvoie aussi le lecteur à lui-même.
On retrouve donc tout le savoir-faire et le style de la "Reine du crime" dans cette quête intérieure tout en sentiments, émotions mais aussi non-dits ou allusions. Et même si le langage est plus moderne, c'est un portrait de femme qui m'a aussi  fait penser à mes lectures précédentes d'Henry James et Stefan Zweig.

La fin est relativement glaçante et m'a vraiment surprise, même si elle est complètement logique avec le personnage.

Bref, un très bon moment de lecture plutôt original, que je vous conseille pour découvrir une autre facette de l'auteur, et si vous aimez le registre de l'introspection et des souvenirs.

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