4e de couverture -
"Paris, 1897. Toutes les femmes de l'aristocratie se pressent au Bazar de la Charité, événement mondain des plus courus. Parmi elles, deux femmes peu habituées à cet univers, Violaine de Raezal, rejetée par ses pairs depuis la mort de son mari, et la jeune Constance d'Estingel, indifférente aux conventions sociales. Quand le bazar prend feu et que le piège des flammes se referme, la tragédie fait basculer leur destin."

Nohant-partdesflammes

Voilà un roman qui m'a interpellée dès sa sortie, d'abord parce qu'il me parlait de mon cher XIXe siècle, ensuite parce que justement un roman historique sur cette période n'est pas si courant que cela. Donc j'ai tout de suite pensé qu'il faudrait que je le lise. Les avis, très bons voire excellents, de plusieurs copinautes m'ont conforté dans mon idée et il ne restait plus qu'à me le procurer, ce que j'ai fait en fin d'année dernière. Ce fut ma première lecture de celle-ci. J'ai énormément aimé ce livre, que j'ai quasiment dévoré sur les deux premiers tiers, un peu moins sur la fin. Malgré tout il me reste comme un coup d'inachevé car il m'a manqué quelques petites choses pour l'apprécier totalement.

J'ai particulièrement apprécié
- les personnages tous relativement complexes, voire un peu torturés, avec une mention spéciale pour Violaine de Raezal qui évolue énormément sur les quelques mois du roman , Lazlo de Nérac avec son côté très romantique et surtout Joseph dont le dévouement frôle la dévotion. Constance d'Estingel m'a un peu moins plu car je pense qu'avec un petit effort de communication elle aurait pu s'éviter bien des problèmes (oui c'est facile à dire comme ça et non je ne suis pas l'auteur mais ce défaut m'a plus agacée qu'intéressée).
- voir ce fait divers qui a fait couler beaucoup d'encre d'une autre manière avec toutes les conséquences personnelles que cela a pu engendrer ; si vous voulez en savoir plus, je vous invite à lire cette page.
- le contexte et la société dans laquelle on évolue. Celle de ces dames nobles qui, pour la plupart, s'achètent une bonne conscience par leurs œuvres de charité en ayant Leurs pauvres, Leurs comptoirs ; et qui sous couvert de charité sont en fait en compétition entre elles. Celle des convenances et du paraître, des relations publiques qui ne doivent laisser place à aucune rumeur, si petite et insignifiante soit-elle. Puis il y a les scandales parfois pour peu de choses, le rôle de la presse et des polémiques qui font et défont des réputations en quelques mots. Une sorte de microcosme qu'il est très intéressant de regarder vivre et mourir (même si il est difficile de s'empêcher de comparer avec notre monde actuel).

Et pour rebondir sur cette dernière réflexion, j'ai été dérangée dans ma lecture par mes propres pensées autour de deux points abordés dans le livre :
- la question religieuse - oui je n'ose même pas mettre le mot religion tant la vision est particulière - car d'un côté on trouve une espèce d'idéal mystique de pureté presque éthérée qui nie les besoins, envies ou aspirations du corps, mais aussi un dévouement absolu de certaines religieuses (tiens c'est curieux les hommes ici sont absents) alors que d'autres n'ont qu'un aspect revêche, peu engageant pour ne pas dire peu chrétiens. Dans le même temps, la façon dont certaines dames patronesses parlent à ceux qu'elles assistent m'a clairement fait penser à l'expression de Lénine "la religion est l'opium du peuple". Tout cela réunit a choqué, fait bondir et fortement réagir intérieurement la croyante que je suis. Comme ce n'est pas le propos, je ne développerai pas mais je reste curieuse de savoir si parmi ceux qui l'ont lu, vous avez noté cet aspect-là.
- la place des femmes et leurs droits - je ne vais pas dire que je ne suis pas féministe ; ce serait pure hérésie de ma part. Cependant, j'ai bien du mal à suivre un certain militantisme tant j'ai la sensation qu'elles se trompent de combat. Et en lisant ce livre, je me suis dit que malgré toute mon admiration et ma fascination pour la fin du XIXe siècle, j'étais heureuse d'être née dans les années 1970 et que parfois, les militantes devraient regarder en arrière et se dire que les choses avancent au lieu de critiquer tout et n'importe quoi. Bref je m'arrête là aussi.
Cependant, vous imaginez bien que pendant ce temps-là, je m'étais fort éloignée de mon roman, et que ma lecture s'en ressentait un peu.

Ce qui ne m'a pas empêché d'aimé aussi l'intrigue et ses différentes ramifications car elle est originale et relativement riche, trop peut-être ce qui a sans doute engendré mes manques.

J'ai ainsi regretté
- que les descriptions ne soient pas plus développées. Elles sont claires, soignées et permettent de visualiser l'ensemble, mais pas les détails autant que je l'aurais voulu ;
- que certains aspects de l'histoire ne soient pas plus approfondies, les pensées de Constance se comprennent plus par les sous-entendus que dans le texte lui-même, le cheminement interne de Mme de Raezal reste assez flou, tout le système de santé parait seulement évoqué, les sentiments semblent tout juste esquissés et l'ensemble est rempli de petites ellipses que j'aurais préféré voir comblées.

Enfin, il faut savoir que j'ai appris à connaître cette période à travers les écrits de Zola et Maupassant, la poésie de Verlaine et Rimbaud, les peintures de l'époque et la musique de Debussy. Alors j'espérais retrouver dans ce roman une écriture aussi évocatrice, aussi minutieuse et puissante à la fois ; en clair une écriture à la mesure de l'époque évoquée. Et ce n'est pas le cas, le style est bon et très agréable à lire mais il y a de chapitre à chapitre un côté roman feuilleton qui rend tout un peu trop rapide et m'a réellement frustrée.

Au final, j'ai apprécié ma lecture et passé un bon moment avec La Part des flammes mais il est clair que au niveau stylistique, celui de l'intrigue et le développement des sentiments, j'en attendais beaucoup plus et aurais aimé sentir un vrai souffle lyrique tout au long du roman.

Première lecture pour le challenge

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