Résumé du premier tome
"Aliénor d'Aquitaine. Une belle jeune fille au caractère fougueux, encore à marier. Sa dot : le duché d'Aquitaine, des terres débordant de richesses. D'ailleurs, en 1137, il fait bon vivre dans le château d'Aliénor à Bordeaux, luxueusement décoré et résonnant des chants des troubadours, alors que le Louvre de ce pauvre roi de France est sinistre, sale et silencieux.
Au côté d'Aliénor, depuis quelques jours, une charmante silhouette se profile, celle de Loanna de Grimwald. Elle a quinze ans, le même âge qu'Aliénor, mais elle n'est pas tout à fait comme les autres, un peu fée, un peu sorcière... Envoyée par son ancêtre Merlin l'Enchanteur, héritière des secrets druidiques, Loanna a une mission : devenir la confidente d'Aliénor, son ombre, et faire en sorte qu'elle épouse un jour Henri, le futur roi d'Angleterre."

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J'ai lu Le Lit d'Aliénor lors de sa sortie en 2002. A l'époque j'achetais beaucoup moins de romans qu'actuellement mais j'ai craqué pour celui-ci parce que peu de temps auparavant, j'avais dévoré la biographie consacré à Aliénor d'Aquitaine par Régine Pernoud et cela me plaisait de retrouver cette histoire dans une version romancée.

Je l'ai tellement aimé que je l'ai souvent relu depuis et à chaque fois je l'ai trouvé aussi bon. J'y apprécie particulièrement
- le respect du contexte historique que j'ai pu vérifier dès le départ au vu des circonstances citées ci-dessus ;
- le mélange avec la magie naturelle d'Avalon, présente mais pas envahissante ;
- les Cours d' Amour et les troubadours, même si cela manque peut-être un peu de citations ;

- la romance, ou plutôt les romances, puisque plusieurs se croisent et se décroisent avec beaucoup de sensualité (trop disent certains, mais je trouve que cela montre bien l'appétit de vivre de la jeune Reine) ;
- la narratrice Loanna de Grimwald, toute jeune fille au début de l'intrigue et qui au côté d' Aliénor va grandir, mûrir et prendre sa dimension de femme de l'ombre mais indispensable, sans totalement sacrifier sa vie personnelle ;
- les nombreuses aventures qui émaillent le roman, car ce moment charnière du Moyen-Age est celui d'une part de l'épanouissement des arts et du commerce et de l'autre le temps des Croisades à laquelle vont participer Aliénor et sa suite ;
- enfin, l'écriture de Mireille Calmel qui, tout en suivant la trame historique, ajoute sa touche personnelle en recréant le quotidien ainsi que les dialogues dans un langage soigné, au vocabulaire médiéval choisi,  certes modernisé mais qui rend très vivant chacun de ses personnages, y compris les grands du monde comme le roi Louis ou Suger.

 C'est donc pour moi un modèle de roman historique que ce premier tome, qui par ailleurs peut tout à fait se lire indépendamment de la suite ; l'inverse n'est pas vrai.

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J'ai mis plusieurs années après sa sortie avant de me lancer dans cette suite, simplement par crainte que la magie n'opère plus aussi bien.
Mais lorsque j'ai commencé, j'ai enchaîné ces deux  tomes et j'y ai retrouvé tout ce que j'avais aimé dans Le Lit d'Aliénor :
- le côté historique très pointu avec des scènes du quotidien rendues très naturelles, la reconstitution des dialogues qui font revivre les personnages de près et tous ces petits détails dans les descriptions qui donnent à voir le Moyen-Age comme si on y était ;
- le côté fantastique avec la présence druidique de Loanna de Grimwald - j'aime toujours autant ce personnage - et la renaissance de la légende arthurienne - reconstruction de Tintagel, découverte de l'épée du Roi Arthur et surtout la place de l'Historia regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth (que l'on croise bien évidemment) ;
- le fait que les personnages évoluent, mûrissent avec des caractères qui s'affirment de plus en plus ;
- l'écriture toujours très fluide et qui fait la part belle aux sentiments et émotions, entrainant complots, trahisons et mêlant violence et sensualité dans un récit très épique.
A cela s'ajoute l'histoire d'amour entre Loanna et Jaufré dont la relation grandit sans cesse ainsi que l'adversité entre Aliénor et Henri Plantagenêt, trop entiers l'un et l'autre pour faire des compromis. 
J'ai d'ailleurs trouvé très intéressante la façon dont Mireille Calmel gère le temps d'emprisonnement de la Reine alors qu'il ne se passe rien pour ce personnage pendant plusieurs années.

Bref, j'ai tout autant aimé que le précédent et sur le moment, j'ai regretté de ne pas avoir le 3e sous la main. Cependant, après renseignements, j'ai bien fait de patienter pour lire la partie sur Richard Cœur de Lion d'abord.

Lu en 2016

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4e de couverture - tome 1 -
"1189. Un nouveau roi ceint la couronne d'Angleterre. On le surnomme Cœur de Lion. Richard Cœur de Lion. Autant pour sa bravoure que pour son esprit chevaleresque. Jeune, vaillant, passionné, il est prêt à rendre sa gloire à l'empire Plantagenêt. À ses côtés : sa mère, la flamboyante Aliénor d'Aquitaine, Loanna de Grimwald, la dernière des grandes prêtresses d'Avalon, et Eloïn Rudel, sa maîtresse, son amour depuis toujours.
Ensemble, ils devront écarter trahisons et mensonges, en Angleterre où complote Jean sans Terre, le cadet des Plantagenêts, en Orient où le sultan Saladin vient de s'emparer de Jérusalem et continue d étendre son emprise."

Je ne vais pas redire sur ces deux tomes tout ce que j'aime dans cette série et que j'ai déjà détaillé au-dessus ; juste quelques points particuliers que j'ai plus ou moins appréciés.
J'ai commencé par être surprise de voir qu'on retrouvait Loanna en tant que narratrice. Avec le changement de personnages, je m'étais mis en tête, à tort donc,  que nous aurions aussi un changement de point de vue. Cela m'a un peu déçue et sur certains passages - comme les scènes de bataille - fausse un peu l'effet donné. Malgré cela, Mireille Calmel n'épargne pas son lecteur (ni ses personnages) et certaines scènes sont très dures, plus violentes et sanglantes que dans les tomes précédents.
J'ai regretté le retour de certains rebondissements et ficelles de construction là aussi déjà employés précédemment en particulier dans Le Lit d'Aliénor (mais je ne les aurais sans doute pas repéré si je n'avais pas lu ce dernier de nombreuses fois). Cependant, cela m'a donné la sensation que l'auteure peinait à se renouveler dans la partie romancée, l'ensemble restant toutefois parfaitement crédible.

Par contre, j'ai apprécié voir "le bon Roi Richard" comme dit Walter Scott, beaucoup moins bon justement, avec des moments où il est franchement colérique, un brin tyrannique et surtout très sûr de sa royauté face à certains partenaires plus ou moins amis. Ainsi les relations avec le roi Philippe de France sont extrêment bien rendues, de même que tous les retournements d'alliance pour des raisons souvent futiles…A noter d'ailleurs que l'action se concentre autour de la Croisade (avant, pendant et un peu après).
A côté de cela, on entre aussi dans son intimité (un peu trop peut-être, car le doute subsiste historiquement sur beaucoup de points de ce côté-là et l'auteur prend un parti très franc). Tout cela contribue à faire reculer la légende et en donne une image plus imparfaite donc plus humaine.

Cependant, ce qui m'a le plus marqué c'est la place de plus en plus importante accordée au fantastique et aux légendes d' Avalon. La magie est ainsi présente de manière soutenue, explique certains points un peu flous historiquement et permet de créer aussi une véritable intrigue parallèle qui croise celle du roi et m'a beaucoup plu. On croise même le Graal et son côté noir sous une forme plus qu'intéressante. Elle pose aussi certains jalons qui amorcent la fin de l'histoire de Loanna et de sa famille.

C'est donc encore une fois une réussite que ce diptyque autour de Richard Cœur de Lion, qui permet de ramener la narratrice en Orient et de relier différents mythes entre eux. Je déconseille toutefois de le lire sans connaitre les précédents, ou même déjà un peu l' Histoire des Plantagenêts.

Lu en 2017

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4e de couverture :
"1204. À l’heure où la majestueuse Aliénor tente une ultime fois de sauver son royaume, son fils Jean sans Terre règne sans partage sur l’Angleterre, déterminé à éteindre jusqu’au souvenir de son défunt frère, l’illustre Richard Cœur de Lion.
Traquée jusqu’au cœur de la forêt de Brocéliande, sa filleule, la belle et puissante Eloïn Rudel, descendante de Merlin et compagne illégitime de Richard Cœur de Lion, rédige pour leurs enfants les mémoires de sa vie d’aventures. Car elle est la seule à posséder l’arme capable de contrer Jean et de protéger les siens :
La vérité.
Comme un dernier baiser avant le silence."

Ce dernier tome est sans aucun doute le plus surprenant tant il diffère des précédents mais dans le même temps il clôt magistralement la saga en montrant bien qu'une page se tourne avec la mort de cet incroyable personnage qu'est Aliénor d'Aquitaine.

Le changement de narrateur que j'attendais sur le diptyque consacré à Richard Cœur de Lion intervient ici. C'est maintenant la fille de Loanna, Eloïn, qui tient la plume et qui va reprendre l'intrigue à son compte dans un long flash-back souvent empreint de nostalgie.
Le ton est donc radicalement différent et fait la part belle aux sentiments et à la magie, davantage qu'à l'Histoire qui demeure plus en retrait (ce qui est normal vu que le lecteur en connait déjà une bonne partie). De même l'écriture est moins sensuelle et davantage tournée vers l'introspection. Ce roman est d'abord fait de souvenirs et si l'on reprend une partie de l'intrigue des tomes précédents, c'est pour en donner un autre éclairage, non dénué de regrets.

Cela donne un livre doux-amer, plein d'émotions et poignant que j'ai lu avec beaucoup de plaisir et des pincements au cœur tant certains événements semblent inéluctables.
Et à l'aube du XIIIe c'est tout un monde qui change…

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