4e de couverture - éd. Le Livre de Poche
Attention spoilers !
"Jeune paysanne innocente placée dans une famille, Tess est séduite puis abandonnée par Alec d'Urberville, un de ses jeunes maîtres. L'enfant qu'elle met au monde meurt en naissant. Dans la société anglaise puritaine de la fin du XIXe siècle, c'est là une faute irrémissible.
Thomas Hardy signe avec cette œuvre pessimiste, où la richesse des tableaux rustiques du Wessex ne fait que souligner la noirceur de l'univers social, un des chefs-d'œuvre du roman anglais."

Hardy-Tess

J'ai lu ce roman pour la première fois quand j'étais au lycée et me souviens avoir beaucoup pleuré sur le sort de la pauvre Tess. Je l'ai certainement relu depuis mais me souvenais davantage de l'adaptation cinématographique que du livre en lui-même. C'est pourquoi j'avais depuis quelques temps l'envie de le relire et j'ai aujourd'hui un avis plus mitigé, peut-être plus mesuré finalement que lors de mes premières lectures.

J'en aime particulièrement l'écriture très classique et  que je trouve assez comparable à celle d'un Zola ou d'un Maupassant mais avec cette subjectivité dans les descriptions qui n'appartient qu'à Hardy. Chaque décor contient en lui toute l'essence de l'action et des émotions ressenties par les protagonistes à ce moment-là ou dans le passé, comme lorsque Tess revient dans sa vallée par exemple.
Il a aussi une façon bien à lui de montrer ce qui se passe sans rien en dire réellement et c'est ainsi que l'on sait que Tess succombe à son séducteur sans rien en voir ou [spoiler, surlignez] qu'elle a tué Alec sans une once d'agressivité ou de colère dans le texte. Beaucoup d'éléments importants ne sont ainsi que suggérés et, au final, prennent une force étonnante.

A la relecture, l'intrigue m'est apparue beaucoup plus banale qu'il y a 30 ans. D'abord parce que j'ai beaucoup lu, beaucoup écouté et vu pas mal de films depuis mais aussi parce que j'ai mûri (non je ne suis pas vieille :P ) et vois les choses d'un autre œil. Elle m'a cette fois-ci curieusement fait penser à cette chanson et à tous les clichés qu'elle comporte. Il est d'ailleurs surprenant de s'apercevoir que nous ne sommes guère sortis de ces clichés-là alors même qu'ils prennent leurs sources dans les romans, chansons et même opéras du XIXe (faut-il rappeler que nous sommes au XXIe ?). Donc l'histoire n'a rien de très original à l'heure actuelle et devait courir les rues à l'époque, ce qui fait que, même si j'ai redécouvert certaines parties et détails, je l'ai trouvé un peu longuette et pour tout dire très mélodramatique.
Ce côté-là est renforcé par le côté presque caricatural des personnages que ce soit le père alcoolique et fainéant, la mère dénuée de morale du moment qu'elle a de quoi manger, le nobliau séducteur et mauvais garçon ou l'amoureux totalement idéaliste. Seule Tess montre une certaine complexité par les paradoxes qu'elle vit entre sa nature de campagnarde sans fard et sa conscience qu'il y a des convenances à respecter et des choses "qui ne se font pas". Elle est ainsi tiraillée entre son environnement social et familial et le début d'éducation qu'elle a reçue, sans pouvoir réellement choisir entre les deux.

Mais ce qui m'a le plus marquée c'est la construction du roman qui tourne à la démonstration avec ces sept phases qui s'enchaînent d'une manière implacable. Thomas Hardy cherche à dénoncer les idées de son époque, à montrer que le côté puritain qui traite la femme de cette façon ne mène qu'à la catastrophe mais il le fait d'une manière si pessimiste, si fataliste qu'il semble presque se complaire dans le drame. J'en veux pour preuve qu'à chaque fois qu'il donne à ses personnages une porte de sortie, une issue quelconque, celle-ci est à peine entrouverte qu'elle se referme encore plus rapidement et que l'intrigue devient un peu plus sordide.
Je me suis aussi posée la question de l'idée que l'auteur avait de la religion qui tient un rôle important dans le roman sans qu'on sache réellement comment il se situe par rapport aux différents courants énoncés.

Au final, j'ai apprécié cette relecture plus pour l'écriture et la beauté du style que pour l'histoire en elle-même dont le côté sentimental et dramatique m'a plus interrogé que réellement accroché. Cependant, je pense que je lirai d'autres romans de l'auteur afin d'en savoir un peu plus et de mieux l'appréhender.

Lu dans le cadre d'une lecture commune initiée par stellade, avec Riz-Deux-ZzZ, missmolko1,
et pour le challenge

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