4e de couverture - éd. XO
"Lucia, jeune et espiègle Vénitienne, se retrouve au milieu des flammes qui dévastent la modeste imprimerie familiale. Sous ses yeux, son père est enlevé par trois hommes armés. Qui donc se cache derrière ce crime ? La veille, la magnifique Isabella Rosselli, la plus rouée des espionnes de la cité des Doges, est venue faire reproduire une étrange gravure.

Lucia est décidée à percer cette énigme et à sauver son père. Dans une quête effrénée, elle s’immisce parmi les puissants, se mêle au bal des faux-semblants du carnaval, s’enfonce dans les arrière-cours des palais. Une Venise fascinante, oppressante, où le pouvoir se confond avec l’amour, où les étreintes succèdent aux duels et les baisers aux complots.

Dans ces bas-fonds de la cité lacustre, amis et ennemis avancent masqués. Lucia joue de ses charmes, de son épée, de son poignard aussi qu’elle porte au mollet. Elle ruse, croise le fer avec Giorgio Cornaro, le fils du doge, homme corrompu et dangereux, prête à tout pour découvrir la vérité sur cette gravure dont tous, à Venise, sont convaincus qu’elle recèle le secret du pouvoir absolu."

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Mireille Calmel est une auteure que j'apprécie énormément. Aussi ai-je été ravie de pouvoir découvrir dès sa sortie le premier tome de sa nouvelle série Les Lionnes de Venise. J'appréhendais un peu ce nouvel univers, n'ayant pas encore lu de romans d'elle se déroulant à une autre époque que le Moyen-Age. Mais le pari est totalement réussi et j'ai vraiment passé un très bon moment de lecture dans la Venise historique du XVIIe siècle.

J'ai particulièrement aimé l'intrigue de ce livre qui permet de côtoyer toutes les couches de la société vénitienne de l'époque. Le point de départ - si l'on excepte le Prologue - parait assez simple : un enlèvement probablement lié à une étrange gravure, mais le lecteur s'aperçoit rapidement, en même temps que l'héroïne, que les apparences sont trompeuses et que ce que l'on voit et entend ne reflète pas nécessairement la réalité. En se lançant à la recherche de son père, Lucia va plonger dans un monde de faux-semblants dans lequel les masques du carnaval ne sont peut-être pas les plus trompeurs. En suivant sa quête, nous découvrons l'envers du décor, les jeux de pouvoir, de séduction et de perversité de la cité lacustre ; et surtout les double et triple jeux d'un monde dans lequel chacun espionne et soupçonne tout le monde au point qu'il est parfois difficile de démêler le vrai du faux. Cela donne donc une intrigue avec de multiples rebondissements et des pages qui se tournent à toute vitesse.

C'est d'ailleurs le seul bémol que je mets à ce roman : il va très vite et parfois même trop, à la limite de la crédibilité. En effet, toute l'histoire se déroule en quelques jours et j'ai eu du mal à me faire à l'idée que l'héroïne puisse changer aussi vite que ce soit de façon de se comporter ou d'amoureux, à moins qu'elle ne soit pas tout à fait ce qu'en laisse voir l'auteure au début. De même, la dernière nuit est ainsi à la fois très longue - elle s'étend sur plusieurs chapitres - et très fournie. Malgré le détail précis du temps, à la fin, je me suis dit : "Mais peut-on vraiment vivre tout cela en si peu de temps sans s'écrouler ?" Cela reste cependant très personnel comme sensation, d'autant plus que le temps est un élément important pour moi par ailleurs.

J'en viens à Lucia qui m'a tant surprise par sa capacité d'adaptation. Elle est au début du roman une jeune fille heureuse, vivant une vie sans problème particulier entre son père et l'apprenti de celui-ci qu'elle compte épouser. Lorsque tout bascule, on découvre - peut-être un peu en même temps qu'elle - une personne déterminée, courageuse ; sans doute un peu naïve mais loin d'être bête et qui va vite se rendre compte qu'il vaut mieux ne se fier à personne… ou presque ; et surtout pas à ceux qui semblent lui vouloir du bien. De plus, elle sait se défendre, que ce soit avec sa tête ou dans un combat car  elle est aussi une bonne escrimeuse.
Elle est entourée d'une galerie de personnages hauts en couleurs comme sait si bien les faire revivre Mireille Calmel : Isabella Rosselli, la courtisane espionne au grand cœur ; Giorgio Cornaro, fils dissolu du doge de Venise, Marco Docciolini, célèbre maître d'armes mais aussi des Médicis, le petit peuple vénitien et un vrai méchant dont je ne dirai rien de plus pour ne pas gâcher votre lecture.

Tout ce beau monde va donc évoluer dans une Venise qui pourrait faire rêver si elle ne se révélait pas si dangereuse entre les incendies capables de ravager des quartiers entiers et les Acqua Alta ; sans compter la cupidité des hommes. Et pourtant, de barques en gondoles, de canaux en îles, la ville et sa lagune déploient leurs charmes sous nos yeux, accompagnés par le luxe du XVIIe siècle. Le décor, magnifique et troublant, mystérieux et enchanteur, est renforcé par la plume soignée et joliment ornée de Mireille Calmel. Elle parvient à la fois à se renouveler et à garder son style tout en donnant une bonne idée de celui de l'époque.

Je n'ai encore rien dit de la gravure qui initie l'histoire, car si on l'aperçoit à quelques reprises et que des questions se posent sur ce qu'elle est réellement ; le mystère demeure entier à la fin de ce tome et il nous faudra sans doute attendre le suivant non seulement pour en savoir plus mais pour voir le fantastique se glisser dans l' Histoire.

Au final, c'est un donc encore une fois un excellent roman historique que livre Mireille Calmel avec une héroïne attachante, qui n'a pas froid aux yeux ; un décor dépaysant et une intrigue bien ficelée (bien qu'un poil rapide à mon goût), pleine de rebondissements et de superbes combats à l'épée qui font penser par moments aux Trois Mousquetaires. Bref, j'ai aimé et si vous voulez apprendre à connaître Lucia et passez du temps dans la Venise du Grand Siècle, lisez-le !

Merci aux éditions XO pour leur gentillesse et leur confiance.