Cette semaine se tenait le solstice d'été ; hier c'était la Saint-Jean. Je ne sais si des feux se sont allumés par chez vous mais je trouve que c'est le moment idéal pour vous parler une nouvelle fois de nuit.
Car, nous sommes dans les jours les plus longs de l'année, et donc les nuits les plus courtes (à défaut d'être les plus chaudes ; bien que cette année côté chaleur et soleil, l'été est déjà bien arrivé). Quoiqu'il en soit - et sauf pluie continue -, ce sont plutôt des longues soirées qui s'étirent dont on essaie de profiter au maximum, que ce soit pour manger dehors, traîner au jardin ou simplement aller flâner en attendant que le soleil se couche et que la fraîcheur s'installe un peu.

nuit-lucioles
Photo glanée sur le net.
Si l'auteur la reconnaît merci de me contacter.

Les nuits d'été évoquent donc souvent une certaine langueur, une envie de paresser, de se laisser vivre ou à l'inverse de grandes impatiences, comme des fourmis dans les jambes,  des envies d'aller danser et de séduire plus qu'à l'habitude ; dans tous les cas, des impressions souvent fortement liées à l'attente amoureuse…

Renoir-LesAmoureux
Renoir, Les amoureux (1875)

Alors que mon titre évoquerait plus le cycle de mélodies écrit par Berlioz (que je trouve un peu trop mélancolique pour l'occasion), cette attente est, elle,  pleinement exprimée dans le magnifique air de Susanna au dernier acte des Noces de Figaro de Mozart. Alors que tous les protagonistes se retrouvent dans le jardin, chacun guettant l'autre en espérant retrouver sa chacune (qui n'est pas toujours celle que l'on croit), elle chante ses craintes et sa joie de rejoindre enfin son tant aimé et espéré époux, Figaro (qui lui pense qu'elle en attend un autre ; mais là n'est pas notre propos).
Grâce à sa ligne mélodique très pure et aux réponses délicates des bois, Mozart écrit ici un de ses plus beaux airs, et sans doute l'un des plus vrais. Ce n'est plus la jeune femme délurée, pleine de ressources qui s'exprime ici, mais celle qui met son cœur totalement à nu et livre ses sentiments les plus profonds à la nuit naissante, qu'elle espère pleine de joie et de plaisir.


SUSANNA
"Voici enfin l'instant où je vais connaître un bonheur
sans nuages dans les bras de mon amour !
Craintes pudiques ! Quittez mon cœur ! ne venez
pas troubler ma joie. Oh ! on dirait que le charme
de ce lieu, la terre et le ciel répondent à mon
ardeur amoureuse ! Comme la nuit facilite ma faute !
Ah, viens, ne tarde plus, ô joie divine !
Viens là où l'amour t'appelle au plaisir,
tant que l'astre nocturne ne luit pas là-haut,
tant que la nuit est encore sombre et que le
monde se tait.
Ici murmure le ruisseau, ici s'égaie l'air
qui ranime le cœur avec son doux murmure ;
ici rient les fleurettes et l'herbe est fraîche,
ici tout invite aux plaisirs de l'amour.
Viens, bien-aimé, parmi ces arbres cachés !
Viens, je veux couronner ton front de roses !"

J'irais même jusqu'à dire qu'elle en exprime toute la sensualité et ne rêve finalement que d'une belle nuit d'amour …

Et n'est-ce pas là le secret que recèle les courtes mais chaudes nuits d'été ?