L'étrangleur de Cater Street

Perry-CaterStreetQue dire de ce livre ? Classé comme policier historique, il ne ressemble à aucun autre roman de ces deux genres et se présente plutôt comme une étude de mœurs sur fond de meurtres.
Encore une fois, il vaut mieux ne pas se fier au résumé car l'enquête demeure en arrière plan, au point que même si on passe d'un suspect à un autre, cela reste quasi sous-entendu ; sans parler de l'explication finale qui est expédiée.
Alors que reste-t-il ? Un semi huis-clos dans une famille bourgeoise bien pensante de la société victorienne - M.& Mrs Ellison ont trois filles ; Sarah mariée mais qui continue à vivre sous le toit paternel avec son époux, Emily qui cherche à s'élever socialement par le mariage et Charlotte qui veut sortir du carcan dans lequel les femmes sont enfermées et réclament le droit de lire les journaux, de discuter de ses lectures… S'y ajoutent les domestiques, l'indispensable pasteur et sa femme et bien sûr, l'inspecteur Thomas Pitt dont les questions vont bouleverser ce petit monde figé.
Ainsi, une série de meurtres dans le quartier va amener peu à peu chacun à faire face à ce qu'il est vraiment et le lecteur voit se dévoiler les personnalités réelles, se lever les mensonges et les secrets qui sont mis à jour, non sans produire quelques changements importants dans le comportement de la petite famille.
Du coup, si l'enquête m'a laissé un peu indifférente, j'ai par contre apprécié de suivre chaque membre de la famille, son évolution ainsi que de vivre dans cet univers victorien extrêmement codifié où l'on peut fréquenter le pasteur et sa femme mais pas le policier, où les riches nobles sont vite vus comme des débauchés profiteurs et où finalement les apparences sont plus que trompeuses et l'hypocrisie de mise en tout instant. Cela m'a fait penser à certains romans de Zola comme La Curée, Nana ou Pot-Bouille, le style en moins.
Car si il y a une chose qui m'a déçue dans ce livre c'est l'écriture. Les chapitres sont longs et manquent de cohésion. J'ai trouvé les sentiments et réflexions des personnages peu travaillés, alors que beaucoup de choses passent par eux. De plus, il y a fort peu de suspens et l'ensemble manque de rythme.

Au final, une lecture sympathique au niveau des personnages et de l'étude sociologique mais qui laisse à désirer côté policier où on est bien loin de la reine du genre Agatha Christie à qui pourtant Anne Perry est souvent comparée. Je lirai sans doute la suite maintenant que je sais à quoi m'attendre mais je ne me jetterai pas dessus.

historique2013

Lettre P du challenge ABC 2013

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Resurrection Row

Perry-Pitt4Quatrième tome de la série des enquêtes de Charlotte et Thomas Pitt, Resurrection Row se démarque légèrement de ses prédécesseurs grâce à une intrigue moins répétitive et un peu moins sordide. Bien qu'au final l'ensemble reste assez classique, cette enquête m'a beaucoup plu justement à cause de cette petite originalité.

La mise en place de l'enquête réelle est très lente et se fait tard dans le roman car l'histoire se concentre d'abord sur la profanation des tombes. Cette quête qui occupe près des 2/3 du roman prend son temps et permet d'appréhender les habitants de Gladstone Park - d'où est issu l'un des morts - sous toutes les facettes. Elle semble donc comme souvent chez Anne Perry un prétexte pour explorer la société victorienne qui dans un premier temps parait plutôt innocente et même engagée. Car quelques-uns d'entre eux veulent ouvrir les yeux de leurs congénères à la réalité des hospices afin de faire passer une nouvelle loi pour l'éducation des enfants dans de meilleures conditions (pour tout dire, elles ne peuvent de toute façon pas être pires). On suit donc certains personnages des salons aux bas-fonds en passant par les clubs très privés de ces messieurs. On croise aussi au passage de vieilles connaissances des Pitt : Dominic Corde, beau-frère veuf de Charlotte, et la tante Vespasia toujours au courant de tout et d'une précieuse aide pour connaître les dessous domestiques de ses voisins. Elle n'a pas sa langue dans sa poche et me fait un peu penser à la Comtesse douairière dans Dowtown Abbey.
Cependant, les recherches et les questions de Pitt suscite bien des rumeurs et peu à peu tout le monde devient aussi suspicieux que lui - la rumeur allant bon train d'ailleurs - , jusqu'au moment où ayant un macchabée de trop, Thomas découvre un véritable meurtre. Le roman prend alors une vraie tournure policière très minutieuse. L'action s'accélère et les masques de la bonne société tombent. Mais les indices semblent ne mener nulle part  et il faut un ultime éclairage de Charlotte pour que l'affaire soit bouclée en quelques pages, d'une manière un peu rapide et laissant un goût un peu amer tant la fin est abrupte. J'en aurais bien repris quelques pages pour connaître le devenir de plusieurs personnages (à moins que ceux-ci ne réapparaissent par la suite).
En plus de cette façon détournée d'aborder l'enquête proprement dit, j'ai bien apprécié le temps passé chez les Pitt où l'on voit Charlotte dans son quotidien de femme de policier, finalement peu éloigné de travailleurs actuels ; ainsi que l'évolution de la relation entre les deux héros qui bien que mariés depuis quelques années se surprennent encore, ou font des compromis sur de petits faits de tous les jours.

Au final, c'est un opus très intéressant que ce quatrième volet de la série, avec une enquête originale qui prend d'abord son temps pour se résoudre d'une manière surprenante. La dimension sociologique de la fin de l'ére victorienne est toujours présente avec de nouveaux enjeux qui donne une autre image des riches du temps même si cela ne change pas grand-chose. Et je suis curieuse de savoir comment les choses vont évoluer par la suite, y compris pour nos deux héros.

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Rutland Place

Perry-Pitt5Nouvel opus de la série Charlotte et Thomas Pitt, avec toujours cette manière particulière d'analyser une société et ses travers à travers une enquête policière qui parait davantage un prétexte qu'une véritable intrigue. J'avais trouvé que le tome précédent renouvelait de manière agréable la série. Celui-ci  est encore un peu différent par plusieurs points, et je l'ai tout autant apprécié.

Pour une fois, l'histoire démarre d'une façon moins classique non par un meurtre mais par la simple disparition d'un médaillon… qui contenant un secret embarrassant doit être retrouvé rapidement et discrètement. Pas de quoi alerter l'inspecteur Thomas Pitt mais comme c'est à la mère de Charlotte qu'il a été volé, cette dernière fait appel aux compétences de sa fille. Elle va donc l'introduire dans son cercle de voisines et amies. J'ai trouvé sympathique de retrouver la famille de Charlotte qu'on a peu vue depuis le premier tome, mais aussi de voir comment les parents ont géré la mort de leur fille ainée et les mariages des deux autres.
Autre originalité de ce tome, la place importante accordée aux dialogues. Certains chapitres sont en effet très proches de la pièce de théâtre, tant les descriptions auxquelles Anne Perry nous avait habitués sont réduites à leur strict minimum (mais toujours avec précision). Et l'intrigue se noue ainsi entre les conversations mondaines, les a-parte et les interrogatoires plus formels mais aussi les non-dits et ces silences et regards qui en disent longs. Il faudra tout le savoir-faire de Charlotte et Thomas pour découvrir la vérité sur la victime et donc sur son meurtrier.
Mais, c'est aussi le point faible de l'enquête policière car celle-ci tourne un peu court et ne se résoud finalement que parce que certains protagonistes vont se décider à parler et dévoiler certains secrets bien gardés jusqu'ici.

Au final, reste un roman plus qu'intéressant sur la société victorienne et toute son hypocrisie mais dans lequel l'enquête parait être au second plan. Mais en ayant maintenant l'habitude dans cette série, j'ai encore passé un très bon moment et lirai la suite bien entendu.
Lu en mars 2018

abc2018
3/13 - lettre P

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Perry-Pitt6Attention : révélations sur ce tome !
Dans ce 6e opus des enquêtes de Charlotte et Thomas Pitt, l'intrigue démarre par la découverte du cadavre d'un fils d'aristocrates dans les égouts d'un quartier mal famé de Londres. Une double question se pose alors : qui peut l'avoir tué et surtout comment est-il arrivé là, loin de son environnement habituel ?
La première partie du roman va donc suivre l'enquête de Thomas tant chez le mort que dans le quartier où il a été trouvé, très vite un suspect va se détacher et avec la pression que lui met son supérieur, Thomas va être obligé de l'arrêter alors même qu'il pressent son innocence. La deuxième partie commence avec un procès (comme Anne Perry le fait parfois et j'aime beaucoup cette idée d'aller au bout de l'histoire sans s'arrêter à l'arrestation d'un coupable) mais à côté l'enquête continue et Charlotte va (enfin car je l'attendais plus tôt) prendre l'initiative. L'intérêt est alors relancé car l'auteur montre tranquillement que, lorsque les femmes se liguent, elles sont capables de faire bouger cette société victorienne si coincée et si patriarcale, bien plus que ces messieurs le croient. [Comme j'ai moi même tendance à penser que le réel pouvoir vient de petites actions entreprises par la masse - j'ai bien dit actions et non manifestations - cette vision des choses ne pouvait que me ravir]. J'ai donc apprécié ce tome en particulier pour sa construction et les idées qu'il met en avant.
Mais j'ai trouvé la fin un peu rapide et peu satisfaisante. Puis comme j'étais dans une période d'hypersensibilité, le sujet principal - essentiel à l'histoire - de viol sur mineur et prostitution enfantine est assez dur à lire, il a beau être abordé en partie à mots couverts suivant le langage de l'époque, l'horreur est présente et montre au passage combien il est important d'informer là-dessus. C'est donc un avis un peu en demi-teinte pour des raisons personnelles sur un tome qui marque par sa construction qui change dans cette série et son sujet fort.
Lu en mars 2019

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