Début de l'intrigue
Par un soir très froid d'hiver, Meg Corbyn parvient à l'Enclos de Lakeside et demande à y être embauchée, bénéficiant ainsi d'un logement et d'une certaine protection. Mais elle n'est pas une humaine comme les autres et son arrivée va bouleverser la donne…

Tome 1 : Lettres écarlates

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Voilà une série découverte grâce aux nombreux très bons avis de la blogosphère que je suis ravie d'avoir suivis. Le tome 4 étant paru en poche il y a un mois, j'ai profité de mes vacances pour tout relire afin de vous livrer mon ressenti complet. Mais je peux d'ors et déjà vous dire que j'ai eu un véritable coup de cœur pour ce roman et que celui-ci ne s'est pas démenti au fil des tomes. J'irai même jusqu'à dire que c'est un roman hors normes pour le genre (sans aller jusqu'à la dithyrambe citée sur la couverture - "de tous les temps" me parait exagérée pour un genre qui n'a qu'une trentaine d'années).

J'y ai surtout trouvé trois points forts qui le démarque et forment une bonne partie de son charme.

Ce qui marque dès le départ est l'univers créé par l'auteur, qui nous est présenté dans une sorte de prologue intitulé "Brève histoire du monde". Elle parle ainsi de la création du monde, des humains et du fait que la planète soit en grande majorité occupé par les Autres. "Ceux-ci virent (dans les humains) une viande d'un genre nouveau". Ces Autres ou terra indigene sont tous des prédateurs plus ou moins dangereux : métamorphes - Loups, Ours, Corbeaux… -, vampires, Elémentaires etc ; qui contrôlent l'eau et les ressources naturelles de Thaisia (continent où se déroule la majorité de l'action). De plus dans les villes humaines importantes existent des Enclos occupés par les Autres pour surveiller l'activité humaine et servir de base aux quelques interactions indispensables entre les espèces. Ce prologue termine par ces phrases un peu terrifiantes "Mais les humains, s'ils font preuve de prudence, survivent. Parfois, ils survivent."
A l'inverse de la plupart des romans d'urban fantasy que j'ai lus jusqu'ici, le monde est donc différent de celui qu'on connait (une petite carte aurait d'ailleurs été bien utile), même si il semble reposer sur un schéma assez identique des continents. Il est surtout dominé par d'autres espèces que les hommes qui se retrouvent en infériorité n'étant considérés que comme des singes intelligents ou de la viande spéciale. Cela lui confère une forme de sauvagerie mais aussi de dureté un peu crue, fort bien rendue au cours du livre.
Malgré tout, on y retrouve une partie de notre technologie et de nombreux points communs avec notre monde actuel, ce qui rend d'autant plus fort le reste de l'environnement.

C'est donc là que l'on fait connaissance de Meg Corbyn, jeune femme vulnérable qui arrive un soir d'hiver à l'enclos de Lakeside. Cette héroïne, que d'emblée j'ai eu envie de comparer à un chaton perdu, est loin d'être aussi faible qu'il y parait et recèle un étrange pouvoir qui lui donne une aura de mystère pendant tout le premier tiers du roman. Lorsque l'on apprend (si on n'a pas lu la 4e avant) ce qu'elle est et ce qu'elle a vécu, chacun de ses actes prend un relief particulier. En tant que lecteur, nous comprenons aussi mieux sa vision de l'Enclos et la découverte qu'elle en fait, elle qui ne connait finalement rien du monde extérieur, ce qui donne de l'intérêt à ce tome d'ailleurs.
De plus, sa présence, sa particularité ainsi que sa candeur mettent en évidence le fonctionnement des Autres entre eux, avec les humains en général et avec ceux qui dépendent de leur juridiction ; ce qui va permettre à Meg de rapidement être entourée d'une "meute humaine" pour l'aider à prendre ses repères.
C'est aussi à travers son regard neuf que nous faisons connaissance avec les terra indigene : Simon Wolfgard le méchant loup (c'est elle qui le dit), chef de l'Enclos et vite intrigué par Meg ; Vladimir Sanguinati - rien à ajouter, j'adore le clin d'œil - et le patriarche Erebus qui le premier la qualifie de sang doux ; l'étrange et effrayante Tess, les Crowgard, les poneys (je vous laisse découvrir ce qu'ils sont) et les sœurs Hiver et Printemps ainsi que l'inspecteur humain Monty chargé des relations entre la police et l'Enclos ; sans oublier Sam le louveteau, que Meg va appréhender à sa manière le sauvant de lui-même puis des vrais méchants.
L'ensemble tisse une intrigue relativement simple : d'un côté, on suit l'adaptation de Meg à sa vie dans l'Enclos et comment elle gère son don ; de l'autre, on suit de loin des protagonistes secondaires qui sont à la recherche de Meg, car c'est une d'abord une fugitive qui coûte chère. Ces diverses histoires se croisent pour mettre en place le monde voulu par l'auteur et laisse déjà entrevoir un certain nombre d'indices pour la suite, en particulier lors du final impressionnant (et je n'en dis pas davantage).

Mais tout cela ne serait rien sans le talent d' Anne Bishop. Son écriture est totalement addictive et nous plonge totalement au cœur de son univers, parfois d'une manière hyper réaliste et crue, à d'autres moments avec un brin de légéreté et d'humour. Elle parvient aussi à brouiller les cartes rendant les Autres - grands prédateurs je rappelle - très attachants malgré leurs capacités de destruction ; et les méchants paraissent du coup plus manipulateurs encore. De plus, il se dégage de son style une certaine mélancolie comme une musique un peu triste mais tellement belle qu'elle fait du bien et qu'on l'écoute sans se lasser, cela donne au texte une force telle qu'il vous hante même une fois le livre refermé.

Au final, j'ai adoré ce roman d'urban fantasy qui propose une vision originale du monde avec des personnages intéressants, et quasiment pas d'histoire d'amour. L'intrigue en elle-même n'est pas le plus important dans l'histoire mais permet de découvrir l'univers et de poser des bases solides qui donnent envie d'en savoir plus. Le tout est porté par une écriture qui happe le lecteur et ne le lâche jamais, ce qui fait que j'ai pris un réel plaisir à enchaîner les tomes pour cette relecture.

Coup-de-coeur

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Tome 2 : Volée noire

MegCorbyn2Attention révélations sur le tome précédent !

Une des particularités de cette série est la continuité entre les tomes, car non seulement ils ne peuvent pas se lire séparément, mais en plus chacun d'entre eux se déroule peu de temps après le précédent. L'intrigue principale est ainsi plus prégnante que dans certaines autres comme Mercy Thompson par exemple (ou Chasseuse de la Nuit, où il n'y en a quasiment pas).
Volée Noire reprend donc quelques semaines après la fin de Lettres écarlates et la tempête provoquée par les Elémentaires est encore dans toutes les mémoires. Pourtant Meg Corbyn rêve de plumes noires ensanglantées dans la neige et d'étranges phénomènes concernant tant les humains que les Autres se déroulent dans diverses villes de Thaisia. Cela permet d'une part d'approfondir le monde créé par l'auteure au-delà de Lakeside , en particulier vers le village de Port Batelier, ou même au-delà de Thaisia ; et d'autre part d'introduire de nouveaux personnages que ce soit chez les Autres ou chez les humains avec les Intuits.

L'histoire développée dans ce tome va aussi développer plusieurs éléments importants déjà plus ou moins mis en place précédemment comme le mouvement HAT (Les Humains Avant Tout) et ses discours manipulateurs, l'esclavage et l'utilisation des cassandra sangue qui sont ni plus, ni moins élevées comme du bétail, et bien sûr sur les Autres et les relations qu'ils ont entre eux ou avec les humains.
De plus, on en apprend davantage sur les pouvoirs des prophétesses de sangterribles et magnifiques créatures de Namid, qui peuvent se révéler dangereux tant pour elles que pour les autres.
La tension va peu à peu monter et conduire à une nouvelle traque qui sera lourde de conséquences pour la suite.
Dans le même temps, la relation entre Meg et Simon s'approfondit, mais on est loin d'une romance cliché et j'adore ça !
La place des humains dans l'Enclos commence aussi à se modifier en particulier au niveau des employées amies de Meg et de la police.

Et encore une fois, il y a le ton employé : plutôt sombre, parfois très réaliste - presque glauque - puis au détour d'une phrase, d'une expression, on éclate de rire (comme lorsque Simon compare Meg à un jouet qui couine). Le côté addictif et un peu mélancolique est toujours aussi présent et je me suis régalée avec ce tome autant qu'avec le premier.

Coup-de-coeur

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Tome 3 : Gris présage

MegCorbyn3Je trouve souvent difficile de parler d'un tome en milieu de série, encore plus en enchaînant les avis tant cela peut vite devenir répétitif. Alors pour ce troisième opus, je vais me contenter de pointer quelques éléments qui m'ont davantage marquée :
- d'abord la construction de ce tome qui énonce les jours à chaque début de chapitre et permet ainsi de savoir ce qui se passe en même temps, à plusieurs endroits à la fois ;
- de même l'intrigue fait se croiser une histoire privée lié au policier Monty avec le fil rouge principal dans lequel le mouvement HAT se dévoile de plus en plus et que manifestement une guerre se prépare. Encore une fois les Autres vont devoir intervenir pour se défendre, mais pas seulement ;
- les doutes et hésitations de Simon Wolfgard, qui n'est pas qu'un Loup autoritaire mais aussi un chef protecteur progressiste … et très perturbé par les sentiments fort peu "louvesques" qu'il a pour Meg - je sais que cela a déplu à certaines lectrices qui l'ont trouvé trop mou mais pour moi il est évident qu'il n'a aucune idée de ce que veut dire tomber amoureux et comment se comporter de manière humaine avec ça. Alors oui, il ne la joue pas Alpha tout en muscles et en sexytude mais il en est d'autant plus crédible - ;- et j'ai particulièrement apprécié le fait que malgré les manipulations, les provocations et les nombreuses tensions qui règnent, on voit les petites cassandra sangue trouver une place et que la fin laisse de l'espoir pour la suite ; ainsi que le surnom de Meg devenue l' Eclaireuse !

Bref, même si ce tome ressemble un peu à une transition, c'est encore une fois un coup de cœur et j'ai attendu avec impatience la sortie du tome 4 lors de ma première lecture.

chronique-express

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Tome 4 : Empreintes fauves

MegCorbyn4Attention révélations !

 Ce roman était LE livre que j'attendais cet été (2017) - il faut dire qu'entre la parution américaine, la traduction publiée en grand format puis la publication en poche, il s'écoule plus d'une année et que l'impatience finit par monter un peu - Bref, j'avais tellement envie de me replonger dans les aventures de Meg et compagnie que (comme vous avez pu le voir) j'ai tout relu depuis le début et j'ai enchaîné avec délice ce tome 4.

Que dire de ce tome si ce n'est que j'ai adoré d'un bout à l'autre, que c'est sans doute le meilleur de la série (avec le premier qui plante le décor) (enfin jusqu'ici) et qu'il a le mérite (à mes yeux) de trancher avec les précédents.

L''univers dépeint par l'auteure s'agrandit encore et il s'y passe beaucoup de choses, à l'inverse du précédent qui avait un côté transition. De nombreux personnages de tous bords font leur apparition, d'autres vont disparaître. Car, la guerre gronde et prend différentes formes (dont certaines proches du terrorisme). Thaisia et les Autres sont de plus en plus menacés par le mouvement HAT et si les visions des prophétesses de sang s'avèrent exactes, le monde court à sa perte.
C'est donc un tome avec beaucoup d'action, beaucoup de tensions aussi et aux conséquences dévastatrices.

Mais dans le même temps, l'héroïne évolue, même si elle a encore des réactions pleines de candeur et de spontanéité qui donne lieu à beaucoup d'humour. Devenue l' Eclaireuse, elle doit faire face à ses visions et aider se semblables à découvrir comment ne plus se couper.
Cela m'a posé énormément de questions, (encore plus que dans les tomes précédents) :
- comment appréhender réellement un monde qu'on ne connait que partiellement et par images interposés ?
- comment vivre quand son environnement est complètement modifié alors même que l'on est conditionné pour autre chose ?
- et dans leur cas, comment surmonter ce qu'elles voient ? est-ce que l'extase qui permet d'oublier n'est pas finalement salvatrice et ne les empêchent pas de devenir folle ? D'ailleurs est-ce que les recherches de Meg ne vont pas leur faire perdre un peu de leur don ?

Puis il y a toutes les questions autour de la liberté, du choix, de la tolérance et du respect de l'autre, celui de la planète et même sur la nature de l'humanité à travers les doutes de Simon - chef progressiste - et les atrocités commises. Je vous cite une petite phrase (qui sortit du conteste ne spoile rien) : "Ici sont les monstres. Vous croyez qu'elle faisait allusion aux terra indigene, ou aux humains ?"

Enfin (et cela va faire plaisir à certaines lectrices) l'histoire entre Simon et Meg commence à prendre une vraie tournure. Simon prend conscience de ses sentiments et essaie de comprendre ce que pense Meg, qui de son côté avance aussi. La fin laisse présager un tournant dans leur relation.

Je n'ajouterai rien d'autre mis à part que l'écriture est toujours aussi agréable à lire, un peu plus incisive et moins mélancolique, mais tout aussi addictive que dans les tomes précédents.
C'est donc une série qui devient pour moi une valeur sûre et je vais attendre la suite avec impatience.

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Coup-de-coeur

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Tome 5 : Cartes ivoire

MegCorbyn5Plus d'un an après le tome 4, j'ai retrouvé avec énormément de plaisir cet univers. L'enclos de Lakeside doit maintenant gérer la suite des événements précédents et plus que jamais serrer les rangs autour de Meg qui est de nouveau menacée, alors que les membres de la meute humaine doivent faire des choix. Les Autres sont toujours présents et la relation entre Simon et Meg continue à avancer.
Peu de réelle action dans ce tome qui sonne surtout comme une conclusion et vise clairement à fermer une page pour aller vers autre chose.
J'ai donc pris le temps de savourer ce tome qui clot magnifiquement cette série tout en laissant suffisamment de portes ouvertes pour d'autres intrigues dans le même univers (un premier roman est déjà sorti), que je lirai certainement assez rapidement.