Résumé :
Florent, jeune républicain arrêté lors du coup d’État de 1851, s’est évadé du bagne après sept ans de détention. Arrivé à Paris, il reconnaît à peine le quartier médiéval des Halles, bouleversé par l’haussmannisation. Il va trouver refuge chez son frère, Quenu, héritier du charcutier Gradelle, et qui a épousé Lisa Macquart.
Celle-ci éprouve d’emblée une répulsion physique pour le maigre Florent. Elle veut pourtant lui «rendre des comptes ». Mais, excédée par son oisiveté, elle le persuade d’accepter une place d’inspecteur à la marée, aux Halles. Le jeune homme devient ainsi l’enjeu des rivalités de la charcutière et de la belle Normande, une poissonnière dont il ne comprend pas les avances…

Zola3

Troisième tome de l'histoire des Rougon-Macquart, Le Ventre de Paris nous plonge au cœur des Halles juste agrandies par Hausmann, et ce sont elles le centre de  l'histoire - au point que j'en avais même oublié qu'il y avait une intrigue à côté - . J'ai donc re-découvert ce tome avec beaucoup de plaisir et comme pour les tomes précédents, voici les points qui m'ont particulièrement marquée.

J'avais donc totalement mis de côté l'intrigue principale construite autour du retour de Florent à Paris après s'être évadé du bagne. Il redécouvre la ville, retrouve son frère qui a hérité et se sent donc un peu redevable envers lui qui n'a rien, et surtout il va essayer de s'intégrer dans ce monde qui lui est totalement étranger. Vu par ses yeux les Halles semblent une immense jungle dans laquelle règne si ce n'est la loi du plus fort, en tout cas du plus rusé, du plus baratineur… Bref pas du tout un endroit idéal pour un idéaliste comme lui.
J'ai aussi été (de nouveau) surprise de la manière dont Zola nous amène aux Halles, avant que d'être enchantée (comme à chaque fois pour le coup) par les  - nombreuses - descriptions qu'il en fait. D'un côté il oppose les ruelles sombres qu'a connues le héros avant sa captivité à l'ouverture des nouvelles Halles , de l'autre il utilise toute sa palette lexicographique pour donner une image surdimensionnée du marché. Et c'est donc une débauche de formes, de couleurs, de senteurs ; une profusion de fruits, légumes et fleurs mais aussi de poissons, fromages divers et variés, volailles et autres tripailles…  Des empilements qui confinent à l'écœurement et me font à chaque fois penser aux descriptions du Bonheur des Dames ; les objets grouillent de vie, de lumière. Une véritable peinture qui déborderait du cadre au point que les personnages semblent presque accessoires.

Pourtant les oppositions physiques entre les différents protagonistes contribuent aussi grandement à marquer leur appartenance que ce soit à un métier, à une partie de la société ou à un parti politique ; et renforcent ainsi l'histoire et surtout le point de vue que veut donner Zola.

Car c'est un autre point qui m' a interpellée : la dimension politique (oui encore mais j'y étais sans doute beaucoup moins sensible en tout cas dans ce sens-là lors de mes premières lectures ; n'y voyant surtout qu'un contexte historique sans le transposer).C'est le premier tome de la série dans lequel Zola semble prendre réellement parti et se positionne en tant que socialiste. Dans La Curée, il dénonce certes le système économique et les richesses qui dévoient ses personnages mais il n'y apporte pas de réponse autre. Ici il fait sien l'idéalisme de Florent et de Claude et l'on sent qu'il a à cœur de défendre ses idées. Cependant, malgré la conclusion du peintre Claude «Quels gredins que les honnêtes gens ! », j'ai eu l'étrange sensation que c'est la bonne et grasse bourgeoisie de Lisa qui "gagne" pour l'instant, contre l'idéalisme de Florent et ses amis. Comme si l'argent honnêtement gagné profitait davantage que celui des Saccard dans La Curée.

Au final, c'est un tome construit sur des contrastes importants entre la vieille ville et les Halles nouvelles, entre Florent et Lisa, entre les différents métiers de bouche du maraîcher au charcutier ; mais c'est aussi une peinture incroyablement vivante du grand marché de l'époque et le début du militantisme de Zola dans sa fresque. Bref un tome que j'ai pris plaisir à relire et qui me parait essentiel dans l'avancée de la saga.