Extrait
"Elle sanglotait.
L'abbé Faujas avait redressé sa haute taille, il s'approcha de Marthe, laissa tomber sur elle son mépris de la femme. - Ah ! misérable chaire ! dit-il. Je comptais que vous seriez raisonnable, que jamais vous n'en viendriez à cette honte de dire tout haut ces ordures... Oui, c'est l'éternelle lutte du mal contres les volontés fortes. Vous êtes la tentation d'en bas, la lâcheté, la chute finale. Le prêtre n'a pas d'autre adversaire que vous, et l'on devrait vous chasser des églises, comme impures et maudites.
- Je vous aime, Ovide, balbutia-t-elle encore ; je vous aime, secourez-moi."

Zola4

Quatrième tome de la série et retour à Plassans où tout a commencé. Cette fois nous entrons dans l'intimité du ménage de Marthe, la fille de Félicité Rougon, qui va se trouver plus que mis à mal par l'arrivée d'un curieux locataire : l'abbé Faugias - Ovide de son petit nom -.
C'est un des tomes qui me met le plus mal à l'aise. D'un côté je le trouve génial par sa construction qui met en lumière la manipulation machiavélique ; de l'autre il est horrible et fait froid dans le dos tant les méchants le sont vraiment, en pleine conscience.

Je suis donc partagée . J'admire l'écriture de Zola, pour sa manière de démonter la stratégie de l'abbé Faujas, maléfique à souhait, pour son analyse de la conquête politique et du rôle de la religion à l'époque, ainsi que sa façon de rendre ses personnages détestables à souhait - même la pauvre Marthe qu'on a souvent plus envie de secouer que de plaindre - .
A côté de cela, j'ai eu envie de hurler et de me mettre en colère quasi en permanence tant j'aurais aimé étrangler jusqu'à ce que mort s'en suive Faugias et sa clique ; et crier aux Rougon "Mais ouvrez- les yeux ! Ça va mal finir". D'ailleurs les deux personnages qui trouvent grâce à mes yeux sont les plus clairvoyants : le père Mouret et l'oncle Antoine. Malheureusement, ce ne sont pas eux qui gagnent à la fin.

Au final, c'est un tome très sombre, un peu malsain par la perversité des moyens mis en œuvre pour faire tomber Plassans. C'est aussi l'un des rares où les méchants et les victimes sont clairement identifiés comme tels ; ce qui le met un peu à part dans la série. Clairement pas mon roman préféré de Zola mais un chef-d'œuvre d'écriture malgré tout.

chronique-express