Publié en 1848, La Recluse de Wildfell Hall, qui analyse sans concession la place des femmes dans la société victorienne, est considéré comme l'un des tout premiers romans féministes. Ce titre méconnu entretient, comme l'a souligné la critique moderne, de nombreux liens avec Les hauts de Hurlevent d'Emily Brontë. on y retrouve notamment les mêmes thèmes: alcoolisme, violence masculine corruption de l'enfance...
Qui est la mystérieuse nouvelle locataire de Wildfell Hall? On ne sait pas d'où vient cette artiste qui se fait appeler Mrs Graham, se dit veuve et vit comme une recluse avec son jeune fils. Son arrivée alimente toutes les rumeurs dans la petite communauté villageoise et éveille l'intérêt puis l'amour d'un cultivateur, Gilbert Markham. La famille de Gilbert. est opposée à cette relation et petit à petit, Gilbert lui-même se met à douter de sa secrète amie. Quel est le drame qu'elle lui cache ? Et pourquoi son voisin, Frederick Lawrence, veille-t-il si jalousement sur elle ?

WildfellHall

Petit avertissement : ma lecture a été faussée par deux problèmes posés, pour l'un d'eux au moins avant même d’ouvrir le livre. Je tiens donc à vous les exposer avant de donner mon ressenti.

Le premier est la traduction française de mon édition. J’avais déjà vu par rapport à Archipoche sur un autre roman que leurs choix n’étaient pas des plus intéressants. Cependant lorsque j’ai acheté Wildfell Hall c’était la seule version disponible en librairie et j’avoue avoir manqué de courage pour le lire en VO (ce que je tenterai peut-être un jour si j’arrive à oublier ma déception). Cette traduction est donc des plus lourdes à lire avec des répétitions étonnantes, des phrases à la fois très plates et grandiloquentes qui sonnent tout sauf naturelles ; sans parler du tutoiement régulièrement utilisé entre les personnages, ce qui apparaît vraiment hors contexte au vu de la période d’écriture. Pour résumer, le style parait complètement gommé, artificiel et cela a clairement gâché ma lecture dès les premières pages. Je n’en parlerai donc pas davantage dans la suite de cette chronique mais vous renvoie à cet article des Livres de George qui ajoutent quelques explications intéressantes.

Le deuxième est l’attente que j’avais de ce roman. Je l’ai d’abord acheté par curiosité car je désirais découvrir l’œuvre de la troisième sœur Brontë mais je l’ai finalement lu dans un cadre un peu particulier. En effet, ce titre a été proposé pour un Book Club autour du féminisme. J’ai donc pris le temps de lire quelques commentaires et avis pour savoir comment il pouvait entrer dans ce thème. Ce que j’en ai vu mettait souvent en avant le côté moderne de l’intrigue, un ton assez cru et réaliste (souligné aussi pour Les Hauts-de-Hurlevent d’ Emily), ainsi qu’une véritable dénonciation de la place de la femme dans la société de l’époque. Je ne vais pas faire un cours sur le féminisme, ce n’est pas le propos de cet article. Cependant je trouve souvent gênant qu’on associe ce mot de manière militante aux romancières anglaises du début du XIXe alors même que leurs œuvres plaident d'abord pour le droit d’aimer et d’épouser qui elles aimaient. Certes les problèmes d’argent, de dépendance de son époux et des droits d’hériter entrent en ligne de compte mais que ce soit pour Charlotte et Emily Brontë ou Jane Austen, la dénonciation n’est pas réellement de mise. Et les juger à l’aune des idées actuelles finit souvent par sonner de manière anachronique. La conséquence de tout ça est que j’avais un fort a priori sur ce roman m’attendant à quelque chose de révolutionnaire par rapport aux œuvres que j’avais déjà lues. Ce qui n’est absolument pas le cas. Bref il eut fallu que je lise en étant vierge de toute idée (y compris la 4e de couverture totalement erronée) et en restant dans l’envie de découvrir un nouveau classique et c’est tout (même si le premier point évoqué serait resté présent).

Alors au final qu’en ai-je pensé ?

J’ai d’abord été surprise par la construction gigogne. C'est un faux roman épistolaire - nous avons entre les mains les lettres d'un seul protagoniste sans les réponses - dans lesquels sont inclus le journal (ou tout du moins une partie) de l'héroïne et malgré les commentaires lus, cette dimension m'avait échappée et m'a donc étonnée. Par ailleurs, j'ai trouvé l'écriture à la première personne qu’elle induit, assez déstabilisante même si cela ne dure pas. L’intérêt principal de cette idée est d’être totalement dans la tête des personnages et de suivre l'évolution de leurs impressions.  Mais pour que cela fonctionne, il faut un minimum y adhérer. Malheureusement ceux-ci ne m’ont pas du tout intéressée.
Gilbert Markham est clairement imbu de lui-même et un peu pédant dans sa façon d’écrire. A côté de cela, ses émotions passent d’un extrême à l’autre sans transition, allant même jusqu'à la violence,  loin de l'attitude d’un adulte responsable qu’on pourrait attendre d'un propriétaire terrien de 24 ans de l’époque. De plus, ce qu'il raconte ne donne qu'une vision partielle - et nécessairement partiale - des faits ainsi que de ce qui est dit à propos de Mrs  Helen Graham.
La dite Helen au début de son journal n’est qu’une oie blanche qui se berce d’illusions pensant réussir là où tout le monde échoue et n'en faisant qu'à sa tête sans réellement écouter les avis et conseils qui lui sont prodigués. J’ai presque envie de dire qu’elle n’obtient finalement que ce qu’elle mérite en épousant Arthur. Toutefois, on ne peut nier qu'elle possède un certain courage, une patience infinie et une bonne dose d'abnégation. Mais au final, son journal est tant empreint de religion et d'un ton moralisateur, que malgré les épreuves qu'elle endure, j'ai eu le plus grand mal à m'intéresser à son histoire. L' écriture est cependant plus naturelle et agréable à lire que les lettres de Gilbert, malgré quelques passages un peu trop lyriques qui tranchent.

A l'inverse de la construction assez originale, l’intrigue est d’une prévisibilité terriblement ennuyeuse et peine à décoller. Arrivé à la moitié, le roman semble tout juste commencer et on attend longtemps  que les choses bougent enfin. Je ne sais si c'est le ton employé, ou seulement la façon dont le sujet est abordé mais même dans ces moments-là, je n’attendais plus qu’une chose : la fin, qui ne m'a pas davantage plu.

Et finalement qu'en est-il du soi-disant message de ce roman ? A mes yeux pas grand-chose. D'une part on est loin de la violence et de la liberté de ton de Hurlevent, de l'autre la place importante de la religion dans l'histoire font que ce livre est vraiment de SON siècle et pas si moderne que cela. Certes, l'auteur aborde des sujets quasi tabous à l'époque avec l'alcoolisme, la débauche des gens fortunés et leurs conséquences sur le quotidien de la famille mais bien loin du réalisme que j'espérais, cela reste plus évoqué que décrit voire dénoncé. Je me suis même demandée en fermant le livre si la polémique de l'époque ne venait pas davantage du fait que ce soit une femme qui écrive plutôt que du contenu lui-même. Il n'y a vraiment qu'un passage qui rachète cela - surlignez pour lire - c'est le moment où Helen s'enfuit enfin de chez elle pour aller vivre sa vie loin de son horrible époux. Car même la fin est un peu too much à mes yeux.

Pour conclure, je n’ai vraiment pas apprécié ce livre qui n’apporte pas grand-chose à la littérature, ni à la condition féminine au XIXe siècle et m’a totalement déçue. Si la traduction y est pour beaucoup, je pense que l’histoire assez convenue et les personnages peu marquants et beaucoup moins charismatiques que ceux de Jane Eyre par exemple, ont joué un rôle important dans ce ressenti. De plus, l'écriture à la première personne rend l'ensemble superficiel, comme un simple énoncé de faits et d'émotions qui manque cruellement de réflexions sous-jacentes existantes au contraire dans Tess d'Urberville de Thomas Hardy qui pour moi est nettement supérieur. Ici, ce sont plus les commentaires et analyses a posteriori qui rendent le roman moderne et féministe alors que le texte lui-même qui demeure daté avec une intrigue peu porteuse.
Malgré tout je ne regrette pas de l'avoir lu afin de pouvoir en parler en connaissance de cause et attends maintenant vos commentaires.

Les avis de mes compagnes de LC :