4e de couverture - éd. 10/18
"15 juin 1815. Tandis que les troupes de Napoléon sont en marche, la jeune Sophie Trenchard ne peut cacher sa joie. Issue d'une famille d'intendants, la voilà invitée au bal de la duchesse de Richmond, l'événement qui réunit la plus brillante société de Grande-Bretagne à Bruxelles. Elle espère surtout y croiser le bel Edmund Bellasis, le meilleur parti du moment.
Mais la soirée est interrompue par l'annonce d'une bataille imminente : Waterloo.
Vingt-cinq ans plus tard, les Trenchard se sont installés à Belgravia, bastion londonien de l'aristocratie. Mais un scandale passé menace leur insolente réussite…"

Belgravia

C'est en croisant ce roman sur les blogs de plusieurs copinautes, toutes appréciant Downton Abbey autant que moi, que j'ai eu envie de le lire. Il faut dire qu'il a tout pour plaire : un contexte historique et social attirant, des secrets de famille et une petite phrase lue par hasard résumant l'intrigue comme suit "Amours contrariées, intrigues entre classes sociales, sans oublier le rôle des domestiques : on retrouve dans ce roman tout le talent et le charme de l'auteur de Dowton Abbey." C'est donc avec une certaine attente que je l'ai ouvert en ce début d'année. Mais au final, je n'ai pas été convaincue plus que cela.

Dès le premier paragraphe j'ai été surprise puis gênée par la narration. En effet, un narrateur - dont on ne sait rien - s'adresse, par moments, au lecteur ; ce qui donne l'insertion de commentaires a posteriori du type "elle devait s'en souvenir des années plus tard" ou "ce qu'il regretta par la suite" ; ce qui casse le rythme et dérange l'immersion.
Cela joue aussi sur le ton employé en lui donnant un côté assez familier - pas dans le vocabulaire ou les tournures de phrases - mais dans la façon de dire les choses; là aussi comme si il nous racontait une histoire qu'il a entendu un jour, juste en passant, sans réelle importance. Ce qui par certains côtés est le cas, mais ce ton lisse les émotions et les sentiments et du coup, je suis restée complètement extérieure à l'histoire.

Malgré tout, je ne me suis pas non plus ennuyée : le Londres des années 1840, en pleine effervescence immobilière, donne un décor foisonnant que j'aurais aimé voir davantage exploité (comme dans La Curée ou Au Bonheur des Dames par exemple - mais je suis difficile et passionnée par ces bouleversements). Il implique aussi  l'apparition d'une classe de nouveaux riches plutôt mal vue par l'aristocratie anglaise, encore plus quand elle manque d'argent, mais qui cherche pourtant à y faire sa place.

Et c'est une partie des enjeux de l'intrigue - dont je ne dirai rien d'autre mis à part qu'elle m'est apparu très prévisible et un peu cousue de fil blanc -. Car elle soulève de nombreux points intéressants dont cette question des classes sociales évoquée par plusieurs personnages : James Trenchard, l'intendant, promoteur qui ne rêve que d'intégrer le "beau monde" ; Stephen et John Bellasis l'un fils cadet, l'autre héritier présomptif et même, dans une moindre mesure, Lady Brockenhurst. L'auteur aborde aussi, comme dans Downton Abbey, la place des domestiques avec une réflexion assez forte sur ce qu'ils peuvent connaitre et savoir de leurs maîtres ; ou comment ils peuvent aussi en troubler l'intimité. De ce côté-là l'attitude d'Anne Trenchard m'a vraiment plu.
Et j'en arrive donc aux personnages que pendant plus de la moitié du livre j'ai trouvé assez caricaturaux et entiers ; peu à peu il y a une certaine évolution qui se laissent entrevoir pour certains d'entre eux. J'aurais quand même apprécié qu'ils soient plus travaillés et nuancés et peut-être qu'ils réfléchissent un peu plus. Mais comme j'ai eu du mal à adhérer tant à leurs idées qu'à ce qu'ils ressentaient (cf ce que je disais au début), cela a sans doute faussé la vision que j'en ai eue.

En fait, mon vrai regret est que tout m'a semblé survolé et malgré les quelques 500 pages, je ne suis pas parvenue à m'immerger totalement dans cette ambiance londonienne du milieu du XIXe par manque de précisions sur certains points, d'aboutissement sur d'autres. Bref, j'ai eu la sensation de lire une grande trame à laquelle il manquait des fils de couleurs pour être terminée.

Au final, ce roman fourmille de bonnes idées et est extrêmement cohérent ; mais il n'a pas réussi à me passionner. Je suis par contre certaines que la même histoire bien filmée avec les bons acteurs ferait une (mini) série formidable. Et c'est peut-être ce côté très scénaristique - avec un minimum de descriptions et beaucoup de dialogues- qui m'a le plus déçue. Cependant, pour ceux qui aiment les romans sur cette époque sans en attendre du Zola ou du Balzac, je ne peux que vous le conseiller.

abc2018
1/13 - lettre F