4e de couverture - éd. Le Livre de Poche
"Voici l'histoire de deux sœurs, Vivenna et Siri.
L'histoire du Dieu-Roi que l'une d'entre elles doit épouser, et de Chanteflamme, un autre Dieu qui n'aime pas son travail. Celle aussi de Vasher, un immortel qui tente de réparer les erreurs qu'il a jadis commises, et de Saignenuit, sa mystérieuse épée. Dans leur monde, celui qui meurt auréolé de gloire devient un dieu. Il vit dans le panthéon de la cité d'Hallandren, et utilise la magie biochromatique, la magie du Souffle. Un Souffle qu'on ne peut récupérer qu'une fois, sur un individu à la fois."

Warbreaker

Ouvrir un roman de Sanderson est pour moi depuis Elantris non seulement le gage d'un bon moment de lecture mais en plus un coup de cœur quasi assuré. J'avais donc hâte de me plonger dans celui-ci arrivé à la fin de l'année dernière à la faveur d'un swap. Et si effectivement, j'ai retrouvé avec plaisir l'univers fantasy et la plume de l'auteur, j'ai trouvé ce roman un peu en-dessous de ceux que j'ai déjà lus. Je vais essayer de vous expliquer pourquoi.

La première raison n'a rien à voir avec le roman en lui-même mais a certainement joué grandement dans mon ressenti. J'ai en effet lu Warbreaker à un moment de grande fatigue avec beaucoup de travail. Ce fut donc une lecture très morcelée qui parfois m'empêchait d'entrer complètement dans l'intrigue ; et de plus au long cours, puisqu'il m'a fallu deux semaines pour parvenir à la fin (ce qui est une chose assez rare pour moi sur ce genre).

D'emblée, j'ai apprécié les personnages des deux sœurs, Vivenna et Siri,  qui au début m'ont un peu fait penser à Marianne et Elinor dans Raison et sentiments - le contexte étant quand même très différent -. J'ai trouvé particulièrement intéressant de suivre le parcours de Siri qui, grâce à sa tendance à trop parler et ne pas faire ce qu'on lui demande, va réussir à trouver sa place alors même qu'elle n'était pas du tout destinée à cela et subit son changement de vie avec une grande force morale, sans s'adapter trop facilement (ce que je reproche aux jeunes héros et héroïnes). Il est toutefois dommage qu'on ne sente pas davantage l'évolution de ses sentiments intimes. A l'inverse, le chemin parcouru par Vivenna qui, pourtant part de son plein gré dans un monde inconnu,  m'est apparu plus brouillon et désordonné. Et là aussi il m'a manqué un réel cheminement de pensées pour passer de son rigorisme de départ à sa décision finale. Son évolution parait plus souvent  le fait d'une espèce de fatalisme, que d'un choix mûrement réfléchi et les raisons avancées ne m'ont pas toutes convaincue.

C'est aussi un sentiment de confusion qui domine mon impression sur l'intrigue - et là clairement je pense que la lecture par bribes à fausser mon suivi -. Pourtant la construction en puzzle dans laquelle on suit un personnage l'un après l'autre nous donnant un morceau de l'histoire jusqu'au moment où tout se réunit pour former une vue d'ensemble est classique chez Sanderson. Je dirais même que sa manière de le faire lui est si particulière qu'elle rend un de ses romans reconnaissables très rapidement. Mais ici elle m'a gênée car il faut attendre longtemps avant d'entrevoir ce qui permet aux différentes destinées de se croiser pour donner un tout. Je vais me répéter mais mon manque d'enchainement en est certainement la principale raison.
Et du coup, le mélange magie des couleurs - que j'ai trouvé un peu sous-exploitée, alors que le début avec des nuances très précises m'a littéralement enchanté -, religion et lutte pour une certaine liberté n'a pas réussi à m'entraîner comme dans Fils-des-Brumes et Les Archives de Roshar.

Une chose m'a frappée plus dans ce roman que dans les précédents que j'ai lus de l'auteur (même si je suis certaine que le sujet y est abordé), c'est l'étrange place des dieux. Jamais ils n'ont été aussi humains avec leur petites manies, mesquineries et leurs intrigues de cour, c'est pire que la mythologie gréco-romaine. Quand aux prêtres, leur rôle est assez nébuleux mais ils semblent davantage être des domestiques (dont certains avec un pouvoir très important) que de se préoccuper d'élévations des âmes. Est-ce une réelle critique des religions ou pour être plus exactes de la Religion en tant que telle ? La place de la foi des fidèles me laissent à penser que non. Cependant on sent une remise en question des dogmes et des dérives que tout cela peut engendrer. Malheureusement (ou l'inverse ?) comme cela reste un roman de fantasy, la réflexion n'est pas poussée jusqu'au bout et on ne connaît pas vraiment la pensée de l'auteur sur le sujet. La fin gomme d'ailleurs en partie cet aspect-là pour ramener l'ensemble à des considérations plus terre à terre, ou proche de la fantasy en tout cas.

Au final, malgré tout ce que je viens d'écrire, j'ai passé un bon moment en compagnie de Siri, Vivenna, Chanteflamme et les autres. Cependant je suis moins enthousiaste sur ce roman que sur les deux grandes séries et le situe plutôt du côté d' Elantris (qui avait sans doute bénéficié pour moi de meilleures conditions de lecture et du privilège d'être une découverte totale de l'auteur). Malgré une écriture toujours aussi addictive, l'ensemble manque un peu d'explications et de rythme - dû à ma lecture morcelée ? - qui peut aussi venir du fait que ce roman n'a pas de suite alors que la conclusion laisse clairement sur sa faim. Bon donc mais pas excellent.

ABCImaginaire2018
1/13 - lettre S