4e de couverture - éd. Archipoches
"Au décès de sa mère, Mary, la troisième des cinq soeurs Bennet, découvre la liberté. A trente-sept ans, elle qui n'a vécu que pour les autres est bien décidée à ne plus accepter d'entrave à la réalisation de ses rêves. Et surtout pas le triste chaperon que ses beaux-frères souhaitent lui imposer. Sa décision est prise : comme le journaliste dont elle dévore les articles incendiaires, elle enquêtera sur les conditions de vie misérables des ouvriers du Nord. Alors que sa famille craint qu'elle y perde sa réputation, Mary se lance avec fougue dans l'aventure. Mais son enthousiasme se heurte à la réalité de l'Angleterre en ce début de XIXe siècle. Vingt ans après la fin d'Orgueil et Préjugés, ce roman - une suite du chef-d'oeuvre de Jane Austen - brosse le portrait d'une femme à l'esprit libre, féministe avant l'heure, qui n'hésite pas à braver les interdits pour faire triompher ses convictions."

MissMary

Je me suis procurée ce roman sur le seul nom de Colleen McCullough parce que je garde un très bon souvenir de son roman le plus connu Les Oiseaux se cachent pour mourir, lu il y a fort longtemps. Il est plutôt mal noté mais comme je n'en attendais rien de particulier (chat échaudé craint l'eau froide et les suites d' O&P que j'ai lues sont plutôt inégales dont acte), j'ai finalement passé un bon moment avec Mary Bennet et ses sœurs.

Souvenez-vous Mary c'est un peu le vilain petit canard de la fratrie, pas vraiment jolie, pas futile non plus, elle aime lire et c'est elle qui se met au piano pour faire danser la compagnie puisqu'elle ne danse pas. Il est presque évident à la fin d'Orgueil et Préjugés qu'elle va rester célibataire et s'occuper des parents Bennet.
Ce roman part sur ce postulat et on retrouve donc Mary, 20 ans après l'œuvre de Jane Austen, vingt ans qu'elle a passé enfermée dans son carcan de vieille fille dévouée à son tyran de mère. Mais ses lectures et notamment celle d'une rubrique de journal, lui ont donné des idées et à la mort de sa mère, elle ne rêve que de voyager pour écrire et dénoncer les injustices de la société. Bien entendu son beau-frère, le très convenable Mr Darcy s'oppose totalement à cette idée oubliant que Mary est loin d'être une sotte qui se laisse gouverner. Et maintenant qu'elle a trouvé la liberté, elle compte bien en profiter comme elle l'entend. Evidemment, les choses ne vont pas du tout se dérouler selon son plan et quelques aventures l'attendent au tournant, dont la moindre (ou presque) sera l'amour.

L'intrigue elle-même est sans doute le point faible de ce roman, car les aventures en question sont pour le moins mouvementées, et même un peu extravagantes. Malgré tout, j'ai souri aux clins d'œil appuyés à Walter Scott et Robin des Bois. Et je me suis posée pas mal de questions sur la réalité qui se cachent derrière une partie de l'histoire - la secte des enfants de Jésus cachée dans des grottes a-t-elle pu exister ? -  Le dénouement tant de l'histoire de Mary que des intrigues parallèles, reste un peu tiré par les cheveux et ne m'a pas complètement satisfaite par rapport à ce qui se passe auparavant. L'ensemble a quand même le mérite de mettre en avant la volonté de Mary de s'en sortir seule ; tout en laissant de la place à ceux qui l'entourent.

Et donc venons-en aux personnages. Contrairement à certains commentaires que j'ai vu, je trouve l'évolution de Mary très intéressante : ce n'est plus une jeune fille un peu ingrate et …, elle s'est épanouie (on peut douter du fait qu'elle soit devenue belle mais comme ce sont uniquement des hommes amoureux qui le disent est-ce vraiment objectif ? ;) ) et surtout encore plus affirmée et j'ai trouvé la plupart de ses réactions très réalistes, bien qu'elle garde une certaine naïveté, tout à fait normale vu qu'elle a quand même vécu dans une sorte de bulle pendant longtemps. Son ouverture vers le monde réel l'amène à des réflexions parfois drôles mais toujours pleines de bon sens. Et son caractère semble plutôt respecté même dans la découverte du sentiment amoureux.
J'ai été agréablement surprise, parce que je ne m'y attendais pas, de revoir dans ce roman toutes les sœurs Bennet ainsi que Darcy, Bingley et Pemberley. Les conditions de vie de Mary rappellent combien la femme de l'époque est dépendante financièrement des hommes et de sa place dans la société. On retrouve ainsi Darcy qui doit veiller à ce que sa belle-sœur ne manque de rien, tout en respectant les convenances utiles à sa propre position. Il est décrit comme toujours aussi orgueilleux, davantage soucieux de sa réputation et de ce qui pourrait nuire à son ambition que du bien-être de ceux qui l'entourent ; et donc, hormis un avarice assez poussé, plutôt conforme au personnage original qu'un mariage d'amour n'a pas profondément changé.
D'ailleurs le couple Darcy / Elisabeth ne fonctionne plus du tout ; cette dernière semble malheureuse, devenir la maîtresse de Pemberley n'ayant visiblement pas comblé ses attentes. Ses piques sont donc plus méchantes (trop) qu'ironiques et même si les explications avancées sont sensées, elle est sans doute la plus éloignée du personnage de Jane Austen. Mais j'ai apprécié que ce mariage d'amour malgré les différences ne soit pas resté tout beau, tout rose ; c'est plus réaliste et change de ce que j'ai pu lire jusqu'ici.
On pourrait penser que cela va mieux pour Jane et Charles mais ce sont d'autres problèmes que l'auteur aborde avec eux, comme les voyages vers les colonies - vu dans Mansfield Park - ou les soucis engendrées par de trop nombreuses grossesses. On ne voit donc que peu Charles, mais Jane parait débordée et à bout, ce qui peut expliquer un comportement assez différent de la jeune fille de vingt ans.
Lydia est à peine caricaturée bien que vieillie et aigrie alors que Kitty est plus rangée (peut-être a-t-elle tirée des leçons des mésaventures de sa compagne de jeux).
Puis il y a les nouveaux, ceux qui n'existaient pas dans Orgueil & Préjugés, soit qu'ils n'étaient pas nés comme le fils de Darcy et Elisabeth qui est sans doute le plus intéressant de tous et mériterait un roman pour lui tout seul ou leurs filles qui m'ont fait sourire à plusieurs reprises ; soit que Colleen McCullough les a inventés de toutes pièces tels Ned qui est vraiment le personnage que j'ai le plus détesté tant sa façon de faire est immorale ou Angus Sinclair dont la double personnalité est malheureusement sous-exploitée.

D'une manière générale, l'ensemble est bien écrit avec un style plus travaillé que la plupart des austeneries. On sent la patte de Colleen McCullough, bien que les narrations au passé simple dans les dialogues paraissent étranges (choix de traduction ?).  Mais cela manque d'ironie et d'un peu de piquant, même si ce n'est pas dénuée d'humour.
J'aurais aimé - c'est là mon plus gros regret - que la fin soit moins conventionnelle et moins rapide bien qu'en cela, l'auteur respecte son modèle.

Au final et vu mes maigres attentes sur ce livre, j'ai beaucoup aimé cette histoire avec laquelle je me suis bien amusée. Malgré des événements trop rocambolesques, j'ai trouvé l'atmosphère de Pemberley bien rendue et le fait que tout ne soit pas rose pour les Darcy, Bingley et autres Bennet plutôt intéressant, d'autant que les raisons données sont très crédibles avec l'époque et les personnages de Jane Austen, mis à part quelques exagérations inhérentes au genre. Malgré une fin prévisible, c'est un bel hommage à Jane Austen que rend Colleen McCullough. A lire pour les amatrices du genre.

abc2018
4/13 lettre M