Cela fait des années que je suis l'Orchestre National des Pays de la Loire (avant même qu'il ne devienne national) et quelques-unes que je suis abonnée. Mais cette année, le programme est tellement alléchant que nous avons pris (je n'y vais pas seule) un abonnement complet pour profiter de toute la saison. Et comme à plusieurs reprises déjà, je me suis dit qu'il fallait que j'en parle un peu ici (après tout un blog c'est d'abord un journal personnel, voire intime), c'est l'occasion ou jamais de me lancer *.

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Donc le week-end dernier avait lieu le premier concert de l'orchestre sous la baguette de son directeur musical Pascal Rophé.

Après une mise en bouche qui nous a fait voyager avec Une barque sur l'océan de Maurice Ravel, changement de plateau pour le Concerto n°1 pour violon et orchestre de Sergueï Prokofiev ; en soliste Akiko Suwanaï.  Je ne vais pas recommencer ma discussion sur l'habit mais j'ai adoré sa robe à la fois sobre par sa ligne et originale grâce à un faux dégradé de rouge au noir (malheureusement on la voit peu sur la vidéo).
Je n'aime pas beaucoup les concertos de Prokofiev que ce soit au piano ou au violon, mais j'ai été complètement emportée par Akiko Suwanaï, qui est une violoniste fascinante, presque magnétique - je n'ai pas réussi à la quitter des yeux. Elle joue de manière très engagée avec un son tour à tour incisif et plein ou caressant et très doux ; à quoi s'ajoute un legato incroyable comme je n'en avais jamais entendu - sans aucun doute dû à sa technique d'archet impressionnante et sa façon d'en utiliser absolument toute la longueur de manière ferme et souple à la fois -. J'en étais tellement subjuguée que j'ai quasi oublié l'orchestre sous le flot de notes des solos et ne me souviens pas vraiment de la musique elle-même mis à part une fin féerique, complètement suspendue… et des quelques secondes de silence magnifique qui a suivi la résonance de la dernière note. J'en ai encore les larmes aux yeux en y repensant.

Ecoutez plutôt :


En deuxième partie du concert, l'orchestre jouait Les Tableaux d'une exposition de Moussorgsky, dans l'orchestration de Ravel. Cette œuvre symphonique est composée d'une suite de petites pièces inspirées par des dessins et aquarelles de Victor Hartman, ami de Moussorgsky, en guise d'hommage après sa mort. Elles sont reliées les unes aux autres par une Promenade qui revient toujours de manière différente

I. Gnomus
II. Le vieux château
III. Les Tuileries
IV. Bydlo (le char à bœufs)
V. Ballet des poussins dans leur coque
VI. Samuel Goldenberg et Schmuyle
VII. Le Marché de Limoges
VIII. Catacombe
Cum mortuis in lingua mortua
IX. La Cabane sur des pattes de poule
X. La Grande porte de Kiev

La diversité des sujets donnent évidemment lieu à des musiques très différentes d'un tableau à l'autre allant d'un humour grinçant au rêve du Vieux Chateau ou au fantastique de la Cabane sur des pattes de poule (maison de la sorcière russe Baba Yaga) ; et cela permet au chef de donner toute la mesure de son orchestre et de ses solistes. Ce fut vraiment une interprétation magnifique avec des moments très forts, de ceux qui font que j'aime par-dessus tout les concerts symphoniques Ainsi dans La Grande Porte de Kiev  (pour ne citer qu'un exemple) certains tutti faisaient vibrer l'air autour de nous, donnant des frissons de la pointe des orteils à la racine des cheveux et jusqu'au bout des doigts. Etre immergé dans le son (sans amplification) de cette façon est une expérience sensorielle et émotionnelle unique, qui ne donne qu'une envie : qu'elle dure le plus longtemps possible avant d' exploser en applaudissements et bravos, ce que l'ensemble de la salle a fait généreusement, multipliant les rappels. Je ne vous mets pas d'extrait ici car il est quasi impossible de retrouver cela juste avec un enregistrement.

Et comme pour ce premier concert, Pascal Rophé et l'orchestre ont eu la gentillesse de nous offrir un bis tout en apaisement et délicatesse avec La Pavane pour une Infante défunte toujours de Ravel, je vous laisse avec la version enregistrée par l'orchestre sous la baguette de Marc Soustrot, il y a quelques années maintenant :)

* Si en tant que musicologue, musicienne et mélomane avertie, je me sens à même de donner mon ressenti sur les concerts ; je ne suis pas critique musical et mes avis demeurent donc personnels et subjectifs. Merci d'en tenir compte dans vos commentaires.