précédé de La Femme au collier de velours

4e de couverture - éd. Folio (Classique)
"Dans La Femme au collier de Velours et dans les nouvelles qui composent Les Mille et un fantômes, Dumas présente un tour d'horizon du fantastique, du plus traditionnel au plus surprenant : fantômes, visions et vampires sont mobilisés, mais aussi les obsessions morbides de la génération post-révolutionnaire.
Les têtes coupées parlent, les corps suppliciés se redressent et témoignent de l'abdication de la raison devant une histoire chaotique et proprement infernale."

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Ce recueil m'intriguait énormément depuis ma lecture coup de cœur de La Dame pâle, mais il était épuisé à ce moment-là et ensuite je l'ai un peu oublié. Cela fait à peu près un an qu'il a rejoint ma bibliothèque et j'ai profité de cet été pour le déguster chapitre après chapitre, nouvelle après nouvelle.

 La Femme au collier de velours est un récit assez surprenant par sa construction et les personnages mis en œuvre ; ce qui fait que j'ai mis du temps (comparé à la longueur du livre) à entrer dans l'histoire.
Celle-ci commence par la relation vécue par l'auteur (mais un peu romancée) de la mort de Nodier, qui aurait confié à Dumas une histoire incroyable qu'on lui a racontée et qu'il ne veut pas voir perdue suite à sa disparition. C'est cette histoire qui constitue le cœur de ce court roman (ou cette longue nouvelle au choix) ; elle ne commence donc réellement qu'au chapitre 2, d'une façon très conventionnelle en racontant comment E.T.A. Hoffman (oui c'est lui le héros) est arrivé à Mannheim et pourquoi il reste à sa fenêtre.
Ces deux premiers chapitres m'ont déroutée car le ton de Dumas est ici très journalistique, et on n'y retrouve pas sa verve habituelle. De plus ils cumulent les clichés à propos d'Hoffman, ce que j'ai trouvé surprenant. Heureusement cela change par la suite.

Et une fois qu'il a démarré, ce texte est excellent.
Dumas y joue avec brio des différentes formes du fantastique : mort violente et choc émotionnel, illusion ou folie illustrée par une peinture des couleurs passionnantes,  lien entre deux personnes à distance et ses conséquences, mais aussi la force et la puissance des serments et de la foi.
Au fur et à mesure que l'intrigue avance, la plume de l'auteur retrouve son souffle et emporte le lecteur dans cette histoire d'Amour Romantique (avec un grand A et un grand R) jusqu'à la fin.
Au final, j'étais totalement sous le charme, et même si la chute est un peu prévisible (surtout quand on a l'habitude du genre) j'ai vraiment beaucoup aimé ces quelques 200 pages.

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Les Mille et Un Fantômes

"Lors d'un partie de chasse à Fontenay-aux-Roses, un jeune écrivain, nommé Alexandre Dumas, rencontre un homme effaré : une morte lui a parlé ! Le maire du village, qui réunit chez lui d'étranges convives, affirme que cela est possible. L'histoire de sa vie en témoigne…
Les têtes coupées survivent-elles à la décapitation ? La guillotine est-elle un supplice indolore ? Autant de questions que se posent les personnages, mi-fictifs, mi-réels, de ce récit à tiroirs."

Difficile de donner un avis général sur ce recueil, à la fois récit complet et suite de petites (ou plus grandes) histoires.
L'intrigue peut se résumer aux deux phrases au-dessus, car chaque convive va essayer de convaincre les autres que cette assertion est vraie : "Croyez-vous, Monsieur Ledru, qu'une tête puisse parler, une fois séparée du corps ?". A partir de là, les nouvelles s'enchainent toutes fantastiques, jouant plutôt sur le macabre ou le sanglant mais ne dédaignant pas le pouvoir de l'amour ou du religieux.
Certaines m'ont parfois fait sourire comme Le chat, l'huissier et le squelette ; d'autres un peu plus frissonner (même si il n'y a rien de très effrayant) comme Albert et Solange ; toutes m'ont énormément plu tant elles regroupent la quintessence de ce fantatisque romantique (certains diront gothiques) du début du XIXe siècle que j'aime tant par ailleurs et qui n'a déjà plus vraiment cours lorsque Dumas écrit.
Mais ma préférée reste celle lue à part et pour laquelle j'avais eu un réel coup de cœur : La Dame Pâle et je vous renvoie à mon article de l'époque.

Au final, ce recueil permet de découvrir une autre facette de Dumas tout en y retrouvant tout son style à la fois flamboyant et réaliste, qui sait si bien rendre les émotions et les sentiments ; ainsi que son obsession pour l'Histoire qui, ici encore grâce aux références à la Révolution, joue un rôle important. Bref à lire, pour le plaisir.

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