Le Triangle d'or

Résumé de l'histoire :
"1915. Le capitaine Belval poursuit sa convalescence à Paris et, par le plus grand des hasards, surprend une conversation. Il n'y a pas de doute, la jeune et jolie infirmière adorée de tous les blessés qui sont passés par son ambulance et qu'ils appellent affectueusement " maman Coralie " est en danger. C'est d'un enlèvement dont il est question. Aidé de ses camarades, Patrice Belval réussit à la sauver. Mais pourquoi la jeune femme ne veut-elle pas entendre parler de la police, ni même de la protection que lui propose le capitaine qui l'aime depuis le premier jour où elle l'a soigné ? Elle lui défend de la revoir. De nombreux indices prouvant à Patrice que le danger subsiste, il passe outre l'interdiction... et se retrouve au coeur d'une machination infernale. De tous côtés des périls surgissent et, pour les conjurer, il faudrait à Belval l'aide de quelqu'un d'exceptionnel. Arsène Lupin en somme. Or, Lupin est mort : il s'est jeté dans la mer du haut d'un rocher. Mais sait-on jamais avec ce diable d'homme ?"

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Je poursuis tranquillement ma relecture complète et dans l'ordre des aventures d'Arsène Lupin, même si je dois avouer que j'ai un peu trainé pour celui-ci et encore plus pour le suivant. Pourtant ce n'est toujours que du plaisir et je suis à chaque fois surprise de découvrir de petits détails qui montrent combien Maurice Leblanc maîtrise ses intrigues et même leurs croisements.

Dans ce tome-ci, les deux protagonistes principaux sont deux jeunes gens : Patrice Belval, blessé de guerre en convalescence à Paris et Coralie infirmière dans l'ambulance où il est soigné. Le jour où Patrice surprend un complot qui vise à enlever Coralie et qu'il le déjoue, il va mettre les pieds dans un engrenage infernal qui les entraîne tous les deux à la découverte d'un passé dramatique qui pourrait leur être fatal.

Ce que j'aime dans cette histoire :
- l' histoire d'amour (pas mièvre du tout) qui se renforce au fil du tome et son double qui se révèle peu à peu avec les croisements entre passé et présent ;
- le contexte historique très ancré en pleine guerre 14/18 avec la vie à l'arrière du front, le sort des blessés et mutilés de guerre (que de vies gâchées !) mais aussi les problématiques politiques et le patriotisme ambiant très particulier dans ces moments-là ;
- l'intrigue elle-même avec ses multiples rebondissements et fausses pistes, une action quasi sans interruption - c'est sans doute un des tomes les plus rythmés - et surtout le côté machiavélique du plan initial (je n'en dis pas plus pour ne rien vous révéler). Ce dernier est d'ailleurs particulièrement mis en valeur par 
- la construction du roman  qui est divisé en deux parties avec dans la première une forte montée en tension, presque angoissante alors que la deuxième oscille entre enquête et course-poursuite. A quoi s'ajoute le rôle d'Arsène Lupin qui trouve ici un adversaire à sa taille mais ne se départit jamais de sa verve et de son insolence. Ses réparties m'ont encore une fois bien fait sourire (et il n'oublie pas de se servir au passage ;) ).
Le tout est comme toujours brillamment amené par le style alerte et enlevé de Maurice Leblanc qui mène son histoire de main de maître.

C'est donc un excellent opus que celui-ci et je l'ai relu avec beaucoup de plaisir.

* * * * *
L'Ile aux trente cercueils

Résumé de l'histoire :
"Autour de l'île de Sarek en Bretagne, se trouve trente cercueils, cette île mystérieuse terrifie la population du continent. Et pour cause : la légende dit que trente personnes doivent mourir dont quatre femmes en croix. C'est dans cette ambiance que Véronique d'Hergemont doit y aller pour retrouver son fils disparu depuis quatorze ans, à ses risques et périls... et quel rapport avec la légende de la "Pierre-Dieu qui donne mort ou vie" ?"

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A l'inverse, je redoutais ce tome car il m'a fait plus d'une fois cauchemarder (il faut dire que je suis assez facilement impressionnable, surtout quand je lis juste avant de dormir). Mais c'est aussi sans aucun doute le roman le plus angoissant de la série tant Leblanc joue avec les codes du fantastique et de l'horreur.

Véronique d'Hergemont  a un passé difficile (elle a fui un mari violent et pense son père et son fils morts dans un naufrage) mais elle a réussi à  se construire une petite vie tranquille. Alors qu'elle voyage en Bretagne, elle aperçoit ses initiales inscrites sur des pierres, avec un numéro lui indiquant une direction. Malgré ses appréhensions dues au croisement d'un cadavre portant un dessin d'elle crucifiée, la curiosité l'entraîne jusqu'à l'île de Sarek surnommée aussi l'île aux trente cercueils en raison du nombre d'écueils qui l'entourent. Mais l'ambiance qui y règne est certes particulière, baignée par des légendes sombres et une prophétie sinistre; tout y concourt à faire angoisser les protagonistes et le lecteur. Car à partir de ce moment-là retour d'entre les morts, apparitions, disparitions, spectres, changements de comportement, meurtres et même une étrange prophétie, se succèdent quasi sans discontinuer. La tension est forte et même l'arrivée d'Arsène Lupin ne dissipe pas complètement les ténèbres qui entourent le mystère posé grâce aux indices partiels semés par l'auteur dans toute la première partie.
Mais l'ensemble reste très sombre et inquiétant, et cet opus reste l'un de ceux que j'aime le moins dans la série malgré toute l'ingéniosité de l'intrigue.

Mais ce qui m'a le plus marqué en le relisant, ce sont les nombreux parallèles avec le précédent :
- une héroïne prise au piège d'un mari pas très net et sans vraiment personne vers qui se tourner ;
- la construction du roman en deux parties avec en guise de charnière l'apparition d'Arsène Lupin ainsi que ses traits de génie et d'humour ;
- l'utilisation d'un élément dévoué extérieur même si ceux-ci n'ont rien en commun (un tirailleur sénégalais d'un côté et Tout-va-bien de l'autre) ;
- le fait que l'on voit la France sous la Première Guerre Mondiale, là où la vie suit son cours malgré tout et comme on peut ;
- enfin les liens d'un tome à l'autre avec des personnages ou des rappels de ce qui s'est passé dans les tomes précédents.

Au final, tout cela fait que L'île aux trente cercueils qui de prime abord sort un peu du lot par son atmosphère, est aussi étroitement lié à l'ensemble de la série et donc indispensable à qui veut découvrir les aventures de Lupin dans son entier !

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