4e de couverture - éd. Critic
"Il y avait un temps où l'on savait écrire, et surtout où l'on savait créer le plus miraculeux des matériaux : le papier. Cependant, le secret de sa fabrication s'est depuis longtemps perdu. Désormais, des centaines de Musiciens parcourent les Terres Hautes, indifférents aux limites des domaines et des fiefs, pour récolter des histoires. Bertram le Baladin, célèbre Musicien de la Guilde, a perdu son luth - ou plutôt, on le lui a dérobé. Bien décidé à le retrouver, il est contraint de s'associer avec une femme, Sans-Nom, témoin du larcin. C'est ainsi que l'étrange duo part en quête du luth, dans un monde où la magie réside dans toutes les histoires : ragots, chansons ou légendes."

bertram

J'ai acheté ce roman lors du salon ImaJn'ère sur la recommandation de deux autres auteurs Critic que j'affectionne particulièrement, Laurent Whale et Thomas Geha, qui soutenaient fortement leur comparse. Avec de tels parrains, je l'aurais pris  les yeux fermés, mais c'eut été dommage de louper la très jolie couverture d'Alain Brion, déjà tentante à elle toute seule.
Et j'ai bien fait de leur faire confiance car ce fut une belle découverte que ce roman de fantasy, original et rythmé avec une écriture à la hauteur du propos musical.

Pas facile de détailler pourquoi j'ai vraiment aimé ce roman, car c'est d'abord l'ensemble qui reste une fois la lecture terminée. Cette sensation d'avoir lu un roman qui tout en gardant l'idée d'un genre s'en détache par une multitude de détails plus ou moins importants.
Ainsi, l'univers décrit rappelle comme souvent en fantasy le Moyen-Age avec ses cités seigneuriales, ses citadelles et châteaux et sa nombreuse soldatesque  mais avec un focus particulier sur ses baladins (vous vous en doutiez avec le titre) organisés en Guilde et qui, tout en divertissant les uns et les autres, sont aussi les gardiens de l'Histoire du pays qu'ils se transmettent par leurs chansons. Toutefois, on voit bien que cette Histoire est sélective et laisse de côté certains aspects plus sombres comme l'esclavage évoqué dans le livre à plusieurs reprises.
L'intrigue pourrait elle aussi comme d'autres romans de fantasy se résumer à une quête. Cependant celle-ci ne sauve pas le monde, ne donne pas la clé pour combattre un tyran, non, c'est une quête personnelle à la recherche d'un instrument particulier : le luth du héros qu'on lui a dérobé (et Dieu sait qu'un musicien sans son instrument est perdu). Bertram est prêt à tout pour le retrouver, y compris d'étranges compromissions, tant sans lui, il perd son identité : c'est LE luth de Bertram le baladin. L'histoire prend donc une tournure moins épique et plus légère y compris dans ses nombreux rebondissements souvent surprenants. Le sujet de fond autour de l'identité est lui plus sérieux et donne sa consistance à l'ensemble.
Un certain nombre de personnages font partie des clichés (sans aucun sens péjoratif) du genre : le Seigneur imbu de son pouvoir, le capitaine des gardes qui veut vivre "autre chose", les soldats, aubergistes et entremetteurs (Chicots le bien nommé) qui ne cherchent qu'à s'enrichir. Ce qui ne veut pas dire que leur rôle est sans importance bien au contraire. Sort quand même du lot la "princesse" Gia, fille du Seigneur de Strid qui sous ses caprices est sans doute plus complexe qu'il n'y parait.
Puis il y a les deux héros - Bertram et Sans-Nom - qui sont pour le moins atypiques. Lui d'abord qui n'est ni un jeune apprenti à la recherche de ses pouvoirs, ni un guerrier qui va s'en découvrir de nouveaux, mais est attaché à sa fonction et son statut de baladin, au point que sans son luth il lui manque une part de lui-même. Bien entendu, on découvre sa véritable personnalité au fur et à mesure du roman, mais c'est quand il est dans son rôle que je l'ai préféré malgré un côté un peu cabotin et presque trop sûr de lui. C'est en scène qu'il prend sa véritable dimension. Elle n'est rien - son histoire intrigue par son côté mystérieux mais on n'a l'impression qu'elle cache quelque chose, voire qu'elle se cache - puis on la découvre forte, courageuse et prête à se battre pour simplement exister dans un univers difficile ; presque une anti-héroïne.
Enfin, il faut que je vous parle de la construction et du style de ce roman. Car certaines digressions et descriptions comme le chapitre sur la ville de Strid ou l'arrivée à la Citadelle sont véritablement lyriques et envoûtantes ; alors que dans les scènes d'action, les phrases se font plus coupantes et rythmées. Quand aux différents passages musicaux tout y est et il ne faut pas beaucoup d'imagination pour entendre ce qui est décrit - on sent que l'auteur est lui-même musicien - ou pour voir les réactions de la foule. J'ai particulièrement apprécié l'entrée dans Strid ainsi que la communication au sein du Conseil.

Au final, j'ai vraiment beaucoup aimé ce roman de fantasy qui, sous un schéma presque classique du genre, livre un texte à la fois léger à lire et profond sur le fond. L'ensemble est original grâce à la personnalité des deux héros et à la teneur de la quête, renforcé par une écriture très poétique qui donne toute sa dimension au sujet musical. Vu la fin et les nombreux thèmes évoqués, j'espère que Camille Leboulanger nous offrira d'autres aventures de Bertram et Sans-Nom car je les retrouverais avec grand plaisir.

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