4e de couverture - éd. Folio
"La colombe c'est Milly Theale, une jeune orpheline qui a hérité d'une fortune immense.
Face à elle, Kate, réfugiée chez sa tante, amie de Milly Theale.
Entre ces femmes, quelques hommes, dont Merton Densher, amoureux de Kate, et Lord Mark, qui doit l'épouser. Une intrigue complexe, que Henry James a su animer avec une virtuosité inégalée. Les secrets des amoureux, la jalousie, les sentiments contradictoires du désir et de la haine, de la confiance et de la trahison sont décrits d'une manière minutieuse et si pittoresque que le lecteur s'attache immédiatement à ces singuliers personnages.De leur première apparition jusqu'à leur dernière invective, le roman tout entier nous apprend à aimer et à craindre, à espérer et à douter, à comprendre à coup sûr un peu mieux la richesse que tout homme recèle au fond de son âme."

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Cela fait plus de 20 ans que j'ai découvert Henry James avec ce roman (bien que je n'ai jamais vu le film de 1997 dont la photo de couverture est extraite, ni celui de 1981 mais ce n'est pas le sujet). Je suis immédiatement tombée sous le charme de l'écriture de l'auteur et je me souviens en avoir enchaîné quelques titres à l'époque (comme je ne notais ce que je lisais, je suis incapable de savoir exactement lesquels et ai donc recommencé à zéro ou presque depuis quelques années). C'est dans cette optique que je me procure petit à petit ses livres au fur et à mesure que je les croise en librairie ou d'occasion et c'est ainsi que celui-ci a ré-atteri dans ma bibliothèque. Si je vous raconte cela c'est pour vous faire comprendre le gros problème que j'ai eu avec ma relecture qui a été complètement gâchée.
Lors de la première fois, j'ai lu ce livre en grand format chez Robert Laffont et je ne sais pas si il y a eu un souci au passage chez Gallimard ou à la relecture avant l'édition Poche mais j'ai cru pendant toute ma lecture avoir à faire à une traduction différente tant je ne retrouvais pas le style qui m'avait plu. Certaines phrases sont totalement alambiquées au point de paraître à peine correctes en français, à d'autres endroits on ne sait plus à qui se réfère les pronoms "il" ou "elle"… en clair, j'ai bataillé contre le texte au lieu de me laisser portée comme auparavant même si après recherches il n'y a qu'une seule traduction française - celle de Marie Tadié - et que j'ai donc bien dû lire la même chose. Malgré cela, j'ai encore une fois adoré cette histoire tragique dans laquelle Henry James use et abuse de l'implicite avec une maîtrise incroyable.

Vous l'aurez compris ce que j'aime d'abord et avant tout dans les romans de cet auteur est son style qui, bien que très exigeant (il vaut mieux éviter de ne lire par petits bouts pour bien s'en imprégner), est un régal. Il s'appuie essentiellement sur l'analyse des sentiments et des émotions rendue d'une manière très subtile - certains diront trop -  et il faut être attentif aux moindres mouvements, à la moindre inflexion des personnages qui sont toutes indiquées quand dans le même temps, les dialogues paraissent souvent anodins car ce sont les non-dits les plus importants. Le tout est porté par des phrases recherchées mais au rythme balancé qui suit celui de l'intrigue.

L'intrigue qui est qualifiée de complexe par la 4e de couverture ne l'est pas tant que cela - elle me fait beaucoup penser à certains livrets d'opéras -  seulement elle met du temps à se mettre en place et l'on en comprend les tenants et les aboutissants qu'une fois  tous les protagonistes réunis et  les sentiments de chacun suffisamment connus. Elle tient donc davantage des relations entre les personnages que d'une réelle histoire, d'où peut-être cette apparente complexité, savamment entretenue par l'écriture d'Henry James.

Alors qui sont ces personnages ? Peu nombreux pour un roman aussi dense on y trouve Milly Theale riche américaine, très délicate dans ses sentiments voire hyper sensible, ce qui la fait surnommer "la colombe" par ses amis, qui fait un dernier voyage en Europe accompagnée de sa dame de compagnie et amie Susan Stringham - celle qui comprend tout mieux que les autres -. C'est grâce à cette dernière qu'elles vont s'installer à Londres et entrer dans la société de Maud Lowder (amie de pensionnat de Susan) et Kate Croy qui va se lier avec Milly. Mais Kate est amoureuse d'un journaliste Merton Densher qui a déjà rencontré Milly aux Etats-Unis. C'est au cœur de cette relation que l'histoire va se nouer (et je n'en dis pas plus pour ne pas tout dévoiler). A côté se trouve Lord Mark, personnage secondaire mais dont chaque intervention est capitale puis quelques autres qui gravitent autour. C'est donc un groupe très restreint que nous voyons évolué et qui forment une entité si resserrée que malgré les déplacements de chacun, il règne comme une atmopshère de huis-clos une bonne partie du roman.

Au final, j'aurais aimé savourer davantage cette relecture et profiter encore plus de cette histoire dramatique que sait si bien les écrire Henry James mais comme cela n'a pas terni le souvenir ébloui que je garde de ma découverte tant du roman que de l'auteur, je vous le conseille chaudement car c'est pour moi un de ces meilleurs opus.

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