Résumé de l'histoire :
Gervaise Macquart (fille d'Antoine Macquart et Joséphine Gavaudon croisée dans La Fortune des Rougon et sœur de Lisa, la charcutière du Ventre de Paris) est une blanchisseuse/repasseuse installée à Paris avec son amant Lantier et leurs deux fils. Lorsqu'il la quitte, sa vie prend un nouveau tournant avec l'aide de Coupeau un honnête ouvrier zingueur. Mais elle n'est pas sortie d'affaires pour autant…

Rougon-Macquart7

Que dire encore sur ce roman qui est l'un des plus connus et commentés de la série des Rougon-Macquart ? Je ne vais donc certainement pas en faire une nouvelle analyse approfondie, mais plutôt souligner quelques points qui m'ont davantage marquée lors de cette énième relecture.

Le hasard (ou le destin allez savoir !) a fait que je suis passée au Musée d'Orsay peu de temps après la fin de ma lecture. Hors c'est là que se trouvent le tableau de Degas, Les Repasseuses,  (en couverture ci-dessus) et juste à côté, L' absinthe (toujours de Degas, ci-dessous) : du boulot au bistrot - deux étapes qui semblent incontournables de la vie ouvrière du XIXe siècle et qui résument en deux images le roman de Zola.

Degas-L-Absinthe

Car après les dérèglements financiers de La Curée, les orgies des Halles du Ventre de Paris, Zola dans L' Assommoir signe un roman ouvrier en nous contant leur quotidien. Il nous promène ainsi de chantiers en usines, des lavoirs aux ateliers à travers ces métiers oubliés (ou presque) que sont les lavandières et blanchisseuses, forgerons, zingueurs et j'en passe. Et comme Zola a toujours le souci du détail, c'est tout un quartier - celui de la Goutte d'or - qui reprend vie par le langage utilisé avec des termes techniques pour décrire les gestes de chacun mais aussi l'argot de tous les jours et certaines expressions que j'ai trouvées savoureuses.

On pourrait penser quand on connait l'engagement social de l'auteur qu'il en profite pour dénoncer leurs conditions de travail, la mécanisation ou les difficultés avec les patrons mais, à part quelques réflexions entre ouvriers, ce n'est clairement pas le propos du livre.
En dehors du travail, c'est vraiment la vie de tous les jours qui intéresse l'auteur : les discussions entre connaissances, les pauses de midi ou le soir après le travail,  parfois les repas entre amis et les virées sur les boulevards et surtout  les nombreux, très nombreux arrêts chez les marchands de vin et autres débits de boisson dont L' Assommoir, la distillerie du Père Colombe qui donne son nom au roman. Celui-ci est une ombre omniprésente, on l'aperçoit au début, on tourne autour pendant un moment avant de s'en rapprocher jusqu'à y entrer dans une sorte de spirale infernale dont les conséquences ne sont que trop prévisibles.

Et c'est là qu'entre en scène (enfin, pas vraiment puisqu'elle est là du début à la fin du roman) Gervaise, l'héroïne qui sert de catalyseur à la démonstration de Zola. Pauvre Gervaise ! Elle est sans doute une brave fille mais un peu trop gentille et passive, peut-être même aussi un peu paresseuse ; et surtout pas très raisonnable. C'est vrai qu'elle ne part pas gagnante dans la vie : élevée à l'anisette par sa mère, boiteuse, larguée par son premier amant - alcoolique - qui lui laisse deux enfants et des dettes, à ce stade-là, en tant que lecteur on ne peut que la plaindre et espérer que les choses s'améliorent pour elle. Et c'est là tout le génie de Zola, il va la faire rebondir, se créer une nouvelle vie avec un nouveau rêve à atteindre, et tout en montrant autour d'elle les ravages de l'alcool (violence, misère et même pire - je pense au destin terrible de la petite Lalie qui me fait pleurer à chaque fois - ), lui donner la force de construire quelque chose. A ce moment-là, la lectrice que je suis a toujours envie d'y croire, jusqu'au tournant qui sera le début de la fin même si on ne s'en aperçoit pas tout de suite ; l'engrenage qui va enclencher la descente d'abord lente mais inéluctable de Gervaise. Et il y a plus d'un moment où l'on se dit qu'elle pourrait encore réagir, ne pas se laisser faire - elle entretient quand même ses deux hommes qui boivent tout ce qu'elle gagne - et parfois on aimerait la secouer un peu. Mais l'hérédité - en tout cas c'est ce que Zola veut montrer - est la plus forte et va triompher malgré tout.

Que dire  des autres personnages ? Lantier le profiteur, Coupeau qui aurait pu être meilleur, sa sœur et son mari petit ménage aigri puis Goujet l'innocent qui met une touche de candeur dans ce monde plutôt dur, Nana que l'on voit grandir et déjà se dévergonder et bien d'autres dont la grande partie pâtit aussi de la proximité de L' Assommoir.

Difficile de dire que j'ai aimé ce roman tant le sujet n'est pas aimable. Mais quel style ! quelle construction implacable ! Il est compliqué de lâcher son livre une fois dans l'histoire et on comprend pourquoi il est un des plus connus de la série. Alors oui je me suis régalée de la langue de Zola et j'ai, malgré tout, largement apprécié ma relecture.

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