Résumé de l'histoire - extrait de la 4e de couverture - éd. Robert Laffont (Bouquins)
"Joseph Balsamo s'ouvre le 6 mai 1770. Le Grand Cophte, Joseph Balsamo, trace le dessein de la société des Illuminés : abattre la monarchie en commençant par la plus fragile, la monarchie française.
On participe, avec Althotas, à des scènes de magie et de sacrifices humains ; on compatit à l'amour d'un jeune philosophe en herbe pour la belle et inaccessible Andrée de Taverney ; on suit les intrigues de la Du Barry et du duc de Richelieu, toujours prêt à satisfaire les appétits de luxure de Louis XV ; on assiste à l'accession au trône de Louis XVI et à l'ascension de Marie-Antoinette qui n'a pas la retenue d'une reine quand un cœur enflammé se jette à ses pieds."

Joseph-Balsamo

Après mes relectures des Trois Mousquetaires et suites, et de la "trilogie des Valois" avec en son centre La dame de Monsoreau, je poursuis ma (re)découverte des grand romans de Dumas avec la série au plus gros nombre de pages : Mémoires d'un médecin - 5 tomes au tournant de la Révolution française avec une galerie de personnages fictifs et historiques impressionnantes et des histoires dans l'Histoire toujours aussi passionnantes.

Ce premier opus tourne particulièrement autour de la figure très charismatique de Joseph Balsamo, grand Cophte - c'est comme ça qu'il est présenté dès le premier chapitre -, personnage extrêmement charismatique et influent, se disant sorcier mais qui est surtout un grand manipulateur utilisant sans scrupule mensonge, chantage et jouant avec la crédulité des personnes dont il se sert allègrement. Il parait n'avoir qu'un seul but idéaliste et désintéressé : renverser les monarchies d'Europe, et en premier celle du royaume  de France,  pour y installer des états éclairés. Cependant, Dumas le dépeint de telle manière que le pouvoir et l'argent semblent davantage être ses réels objectifs (en plus de se faire aimer de sa femme qu'il séquestre).

Son chemin va commencer par croiser celui de la famille Taverney qui va représenter dans le roman l'aristocratie sous toutes ses facettes :
- Andrée, la fille, imbue de son rang et de sa naissance mais aussi extrêmement naïve, devient dame de compagnie de Marie-Antoinette, ce qui permet à Dumas d'introduire le lecteur à la Cour de France ; elle est accompagnée de sa femme de chambre Nicole type même de la soubrette aux mœurs légères que l'on croise dans bien des comédies des XVIIe et XVIIIe siècles ;
- Philippe, le fils, militaire et capitaine désargenté, croit aux idées des Lumières sans pour autant renoncer à la monarchie ;
Enfin, le baron, véritable caricature du vieil aristocrate réactionnaire, débauché et ruiné qui ne rêve que de retrouver une rente et sa place à la Cour, est prêt à tout faire - y compris vendre sa fille -  pour que cela se réalise.
Il faut y ajouter celui qui est peut-être le vrai héros, ou en tout cas celui à qui il va arriver le plus de choses, Gilbert, fils d'anciens domestiques, plus ou moins homme à tout faire lui-même, qui a été élevé en partie au château,  intelligent, au caractère bien trempé. Grand admirateur de Rousseau, très conscient de sa valeur malgré son statut social, il est aussi désespérément amoureux d' Andrée ce qui va le conduire dans des situations impossibles et finalement le mettre au centre de l'intrigue.

Dans ce roman, Dumas prend tout son temps pour présenter ses personnages et installer son intrigue qui n'est au final qu'une suite de petits faits historiques ou non qui lient certains personnages mais les croisement entre eux ne se font que fugacement et souvent de manière interposée. L'action elle-même n'intervient que dans le dernier tiers des quelques 1100 pages du texte. Je ne la résumerai pas ici tant elle est tortueuse mais malgré tout extrêmement prenante, ce  qui fait que j'ai littéralement dévoré les dernières pages.
Quand au fil conducteur qui pourrait s'en dégager, il est des plus paradoxal car tout en louant l'esprit des Lumières - en particulier sous l'égide de Jean-Jacques Rousseau qui intervient souvent dans ce tome - Dumas met aussi en avant les pratiques occultes de Balsamo ou les réjouissances de la Cour et de la noblesse. Difficile à ce stade de savoir de quel côté, le narrateur (et l'auteur ?) se situe.
Arrivé à la fin de ce premier tome, le sort de la plupart des personnages restent en suspens - avec même un magnifique cliffhanger pour l'un d'entre eux -, chose surprenante et d'après ma connaissance de l'œuvre de Dumas assez rare (c'était la première fois que je voyais cela chez lui). De plus, une question demeure à propos du titre car il est impossible de dire qui est le médecin dont Dumas écrit les Mémoires (qui n'en sont pas vraiment puisque la narration est omnisciente)(ce qui ne m'empêche pas d'avoir ma petite idée que je vérifierai, je l'espère avec la suite).

Bien entendu, l'ensemble serait beaucoup moins intéressant et palpitant sans l'écriture et la plume de l'auteur qui fait toujours preuve d'une verve sans égale, utilisant toutes ses ressources tant documentaires que stylistiques pour rendre chaque scène vivante, chaque personnage réaliste et nous immerger totalement dans ce XVIIIe siècle en plein bouleversement.
S'y ajoutent quelques citations des auteurs rencontrés dont celle-ci de Rousseau (qui dans le contexte du printemps dernier m'a fortement fait réagir, et m'a donné parmi d'autres envie de le relire, ce qui 30 ans après le bac ne serait pas un luxe surtout que j'avais bien aimé)

"Je n'ai jamais cru que la liberté de l'homme consistât à faire ce qu'il veut, mais bien à ce qu'aucune puissance humaine ne lui fît faire ce qu'il ne veut pas"

Au final, ce premier tome des Mémoires d'un médecin est avant tout une sorte de mise en bouche qui met en avant le démiurge qu'est Joseph Balsamo - au passage Dumas se serait inspiré du comte de Cagliostro pour créer son personnage - et introduit tranquillement (ou presque) les différents protagonistes que l'on doit retrouver dans les volumes suivants. L'ensemble est donc à la fois dense et un peu lent mais lorsque l'action est lancée, ce n'est que du bonheur à lire et j'ai dévoré le tout sur une semaine, ayant souvent du mal à le reposer pour faire autre chose. Alors comme pour les autres livres de cet auteur - même si il n'a pas le panache des Trois Mousquetaires ou le romantisme d'un Monte-Cristo - , je ne peux que vous conseiller de vous lancer.

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