4e de couverture - éd. du Masque (Labyrinthes)
- attention révélations importantes sur l'histoire, contentez-vous de la première phrase

"Henry Dunbar est une sombre et trépidante étude en criminalité orchestrée autour de la personnalité d'un richissime banquier revenu à Londres après un long exil en Inde. Il retrouve son associé, Joseph Wilmot, avec lequel il partage un lourd secret. Quelque temps plus tard, Wilmot est retrouvé assassiné à Winchester. La propre fille du mort, Margaret, soupçonne Dunbar d'être l'assassin et décide de mener elle-même l'enquête. elle est alors sur le point de se fiancer à Clement Austin, le caissier de la banque Dunbar. Mais coup de théâtre, la jeune femme revient bientôt sur ses accusations et rompt ses fiançailles ! Que s'est-il passé pour qu'un tel bouleversement advienne ? Un policier de Scotland Yard se rend à Winchester à la demande d'Austin et là, il fait une étrange découverte…"

HenryDunbar

J'ai lu ce roman totalement par hasard grâce à une mise en avant d'une des responsables de la médiathèque que je fréquente assidûment, la couverture m'a immédiatement attirée et quand j'ai vu que l'auteur était considérée comme "l' Agatha Christie de l'époque victorienne", je n'ai pas hésité une seconde (et n'ai même pas lu la 4e de couverture - ce qui est une bonne chose puisqu'elle raconte presque toute l'histoire). C'est peu dire que j'ai aimé car il n'est pas passé loin du coup de cœur.

L'intrigue :  1862, tout commence avec le décès du directeur d'une des grosses banques de la City et du retour imminent de son héritier Henry Dunbar. Celui-ci a été envoyé en Inde en tant que simple commis suite à une erreur "de jeunesse" (enfin suffisamment grave pour que ses complices en pâtissent) et il n'est pas revenu à Londres depuis 35 ans. Il ne reste donc qu'une seule personne de la banque capable de l'identifier, qui va donc être chargé d'aller l'accueillir à sa descente de bateau.
On apprend aussi que Dunbar a une fille qui a grandi en Angleterre chouchoutée par son grand-père, pendant qu'une autre jeune fille - Margaret - survit en donnant des cours de musique et attendant des nouvelles de son père.
C'est ce père qui va être la victime après quelques péripéties que je vous laisse découvrir.

Ce roman prend son temps pour présenter les protagonistes : la situation au début, l'histoire secrète du passé qui va impacter directement le présent et des croisements presque improbables qui vont conduire d'une part au meurtre, et d'autre part à des développements parallèles qui accentueront le mystère.
Car le vrai plus de ce livre est sa construction qui donne un sentiment d'étrangeté et maintient le suspense d'une manière presque anodine. Ainsi la découverte du mort n'intervient qu'après plusieurs dizaines de pages, une première enquête intervient puis défile une suite de petits faits qui paraissent sans lien entre eux tant on passe d'un personnage à l'autre. Mais si on les croise entre eux, la tension monte peu à peu et le mystère s'épaissit jusqu'à un rebondissement important… qui mènera au dénouement non sans un final assez époustouflant. Ce déroulement est intrigant et passionnant d'un bout à l'autre et m'a fait penser à La dame en blanc de Wilkie Collins - une façon très anglaise d'aborder le genre.

Le style est plus qu'agréable et soigné sans être pompeux et l'ensemble se lit extrêmement bien.

Alors pourquoi pas un coup de cœur ?
- d'abord parce que j'avais trouvé la solution bien avant les indices édifiants et la révélation du coupable ; sans doute une question d'habitude, à moins que je n'ai une logique très dix-neuvièmiste ;)
- ensuite parce que j'ai trouvé la toute fin un peu trop édifiante, même si là aussi elle correspond totalement à son époque.

Au final, j'ai aimé ce roman d'un bout à l'autre, j'ai été surprise et en même temps ravie de la manière dont il se déroule et est écrit,  et je pense que je vais lire d'autres romans de Mary Elizabeth Braddon dans les années à venir.