4e de couverture - éd. Robert Laffont (Bouquins)
"Ange Pitou, le jeune héros qui a donné son titre au roman, être naïf et innocent, est subitement tiré de sa campagne et jeté dans la tempête de la Révolution et des passions meurtrières qui s'y déchaînent. L'Histoire véritable prend le pas sur l'imaginaire, même si l'amour - celui de Marie-Antoinette pour le comte de Charny, celui d'Andrée de Taverney pour le même comte de Charny, celui de Pitou pour Catherine - tisse la toile de fond du récit et en détermine les grands moments"

Ange-Pitou

Troisième tome des Mémoires d'un médecin et jusqu'ici le moins intéressant pour plusieurs raisons que je vais détailler par la suite. 

Ce tome raconte les événements de juillet 1789 qui débutent historiquement la Révolution française, Dumas veut en faire un compte-rendu impartial et pour cela va s'appuyer d'une part sur des sources importantes comme les Mémoires de Mme Campan ou l' Histoire de la Révolution de Jules Michelet, de l'autre sur son héros "du peuple", Ange Pitou, qu'il va opposer aux Charny que l'on a déjà croisés dans les tomes précédents. Cependant, on sent, notamment au travers du personnage du Dr Gilbert, qu'il a dû mal à se tenir à cette impartialité et aurait volontiers sauver une partie de la monarchie. De plus, cela donne aussi un fort déséquilibre entre  faits historiques parfois racontés de manière très didactiques et qui prennent une grande place et le destin des personnages fictifs qui restent très en retrait sauf peut-être pour Ange Pitou.
J'ajouterai que cela impacte aussi le style de Dumas qui dans ce tome manque de verve, les dialogues sont beaucoup moins enlevés que dans le précédent, et de souffle épique qu'apporte souvent le côté romanesque peu présent ici.

Parlons donc du héros de ce roman : pour le trouver l'auteur va chercher le frère de lait du fils du Dr Gilbert et tout commence donc à Villers-Cotterêt (que Dumas connait bien pour y avoir vécu) au moment où Ange (qui doit son prénom à sa tante et marraine Angeline) est renvoyé du cours de l'abbé Fortier ; c'est donc un jeune homme du peuple mais il me parait peu représentatif de la majorité puisqu'il est suffisamment éduqué pour savoir lire, écrire, bien compter et comprendre le latin (même si son professeur trouve qu'il commet trop de fautes d'où son renvoi). Malgré cela il est très naïf et même influençable ; et très amoureux de Catherine, la fille de M. Billot son employeur qui est une véritable coquette.
Il est décrit comme une sorte de géant avec de longues jambes, des genoux qui ressortent, de grands bras et des mains comme des battoirs ; tout cela m'a bien fait rire, d'abord parce que c'est redit à plusieurs reprises pour être utilisé dans l'intrigue, ensuite parce que par chez moi "pitou" veut dire petit, ce qu'il n'est pas du tout. Mais son caractère et son physique alliés donnent l'image d'un brave gars, qui ne comprend peut-être pas tout à ce qui lui arrive et on a davantage envie de rire de lui que de vraiment suivre ses aventures.
M. Billot, par qui tout arrive, est davantage engagé politiquement (il est sans doute aussi franc-maçon mais cela n'est qu'évoqué et ne sert pas du tout par la suite) et croit aux idées nouvelles, en particulier celles exposées par le Dr Gilbert à qui il voue une véritable admiration et qu'il est prêt à suivre partout, à ses risques et périls.
Gilbert, l'ancien disciple de Rousseau et qui se dessine de plus en plus comme le médecin qui donne son titre à la série, est donc maintenant docteur. On apprend très succinctement ce qui lui est arrivé depuis la fin de Joseph Balsamo mais cela suffit à lui donner une aura et influence importante, au point de lui ouvrir les portes de la Cour. Il va donc être le lien entre les événements parisiens et Versailles. Il y retrouve d'ailleurs Andrée et son comportement vis-à-vis d'elle ne s'est pas amélioré. C'est clairement un personnage peu sympathique et son rôle essentiel comme élément porteur de la Révolution a du mal à redorer son blason.
Je ne reviens pas sur les personnages déjà présents dans les tomes précédents si ce n'est pour dire qu'on entrevoit de l'espoir pour Andrée et le comte de Charny ; et que la reine Marie-Antoinette est de moins en moins supportable en raison de son orgueil et de sa mesquinerie.

Au final, ce tome sonne comme un passage obligé : après avoir posé les idées de la Révolution dans le premier et les excès de la monarchie avec Le Collier de la Reine, Dumas veut en montrer les débuts mais l'Histoire l'emporte beaucoup trop sur l'intrigue et ses personnages y perdent en intérêt et profondeur. Cependant, j'ose espérer que le rebondissement final va les faire se croiser davantage dans le tome suivant et qu'ils reprendront ainsi une place prépondérante, permettant de retrouver tout ce qui fait le sel d'un roman de Dumas.

Lu dans le cadre des challenges

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