4e de couverture - éd. Actes Sud
"Sont réunis ici pour la première fois deux textes de Stefan Zweig consacrés à Gustav Mahler : le long poème, "Der Dirigent" (Le chef d'orchestre) écrit en 1910 à l'occasion des cinquante ans du musicien, , et l'essai en forme de portrait-souvenir, "Gustav Mahlers Wiederkehr" (Le retour de Gustav Mahler), paru dans le quotidien viennois Neue Freie Presse, dans l'édition du 25 avril 1915."

retour-Mahler

Vous savez déjà que j'apprécie particulièrement les textes de Stefan Zweig, alors lorsqu'il se met à parler d'un de mes compositeurs préférés il m'était impossible de résister. C'est cependant par hasard que je suis tombée sur ce court opus ayant loupé sa sortie. Et je pensais ne vous en parler qu'après quelques articles sur la musique de Mahler. Ce sera finalement l'inverse puisque Mariejuliet me l'a choisi pour la dernière session du LDPA.

Les deux textes réunis ici sont précédés d'une longue introduction de Bertrand Dermoncourt qui les replace dans leur contexte d'écriture tout en donnant des pistes sur les rencontres de Zweig et Mahler et sur la musique et les arts à Vienne au début du XXe siècle. Je l'ai trouvée extrêmement intéressante même si ayant déjà beaucoup travaillé sur cette période elle ne m'a rien apporté de plus. Cependant elle aide vraiment à situer les textes qui suivent, et peut permettre au néophyte de mieux les appréhender.

Le premier texte Le chef d'orchestre est un long poème qui m'a totalement transportée. De la description de la salle de concert avant le spectacle aux sensations que peuvent éprouver les spectateur, Zweig analyse tout et dans le même temps s'appuie sur une métaphore filée qui compare la musique à une mer déchaînée emportant tout sur son passage, et au-dessus de laquelle le chef - Mahler - plane tel un oiseau faisant plier les éléments à son bon vouloir. C'est prenant, très fort en émotions, à la limite de l'extase et tellement proche de ce que j'ai pu moi-même ressentir dans certains concerts que j'ai été touchée et même secouée à le lire.

Il n'existe malheureusement pas d'enregistrements de Mahler en tant que chef d'orchestre (je rappelle qu'il est mort en 1911) pour nous donner une idée de ce qu'a entendu Zweig mais ses mots nous laissent l'imaginer.

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Le deuxième texte est un curieux essai intitulé Le retour de Gustav Mahler qui s'attache davantage à l'homme qu'à sa musique et dans lequel Zweig évoque déjà certains de ses souvenirs. Si du point de vue de la construction et de l'écriture c'est du pur Zweig - et rien que pour cela, il vaut le détour - j'ai été un peu moins convaincue par sa vision d'un Mahler "démonique", quasi chef de file d'une génération et reconnu dès 1915 comme tel ; sachant combien sa musique a eu du mal à percer et entrer au répertoire. En ce sens, l'admiration que Zweig voue à Mahler, sa façon de le reconnaitre et de le voir prendre toute la place qui lui revient est surtout visionnaire.
Il semble aussi déjà célébrer un monde voué à disparaître en s'appuyant sur des souvenirs pas si anciens mais qui ne reviendront plus.

Au final, ce livre m'a plu, m'a donné envie de ré-écouter Mahler et de retravailler sur sa musique. Cependant, les textes sont un peu courts pour donner une idée du style de Zweig à qui ne le connaitrait pas et ne sont pas non plus une porte d'entrée à la musique du compositeur, dont je vous reparlerai très vite. Ils sonnent davantage comme un plus, à lire pour le plaisir quand on connait les deux, et c'est en cela que je l'ai apprécié.

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