Tome 2 : Libration

4e de couverture - éd. L'Atalante - Attention, révélations dans ce résumé
"Lovelace, intelligence artificielle née à bord du Voyageur à la fin de L’Espace d’un an, accepte de se transférer à bord d’un corps synthétique. Devenir humaine, une chance ? Pas pour elle : les limitations de la chair l’étouffent. Champ de vision ridiculement restreint, pas d’accès au réseau, réactions physiologiques incontrôlables...
À ses côtés, Poivre, mécano, l’aide de son mieux. Ancienne enfant esclave libérée par miracle, grandie seule sur une planète ravagée, elle aussi a dû lutter pour accéder pleinement à l’humanité et se construire une vie, sinon ordinaire, du moins normale."

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Coup-de-coeur

Après l'énorme coup de cœur pour L' Espace d'un an, coup double avec le 2e tome de cette série de Becky Chambers … et je pourrais m'arrêter là car j'ai tout aimé dans ce livre.

L'histoire se situe à la suite du premier dans le temps, mais on quitte le Voyageur pour suivre Poivre et Lovelace/Sidra sur Coriol ; enfin, pas tout à fait aussi simplement car l'autrice a l'idée géniale de nous faire suivre deux récits parallèles. D'une part donc, la difficile adaptation de l' IA a la vie dans un corps humain avec ses réactions, ses découvertes et ses rencontres ; de l'autre, la vie d'une enfant "d'usine" - génétiquement modifiée pour être programmée à certaines tâches - jusqu'à ce qu'elle devienne adulte. Je ne vous surprendrai pas en vous disant que les deux vont se croiser mais je n'en dévoilerai pas davantage sur l'intrigue.
Bien entendu, les deux protagonistes principales sont au cœur du roman mais tous les personnages qui les accompagnent sont autant travaillés et forment un ensemble aussi intéressant à suivre que l'équipage du premier tome.

Parmi les autres points forts, m'ont particulièrement marquée
- la façon dont Becky Chambers profite de ce qu'elle raconte pour approfondir son univers et en particulier on en apprend davantage à propos de la vie sur une planète ainsi que sur une autre espèce, les Aeluons ;
- l'écriture avec son côté poétique, très doux et qui, en même temps, emporte voire transporte totalement le lecteur ;
- et toujours ces messages forts de bienveillance et tolérance mais sans concession, ni hypocrisie.

Petite digression : je fais partie d'une génération qui a encore vécu la majorité de sa vie déconnectée - pas d'ordinateur ni de téléphone portable et encore moins d'internet partout - et j'ai souvent entendu la peur des gens face aux robots et encore plus à l'intelligence artificielle (qu'on ne se représentait que très mal il y a encore peu de temps). Je suis toujours prudente avec les nouvelles technologies mais ce roman m'a permis de prendre un peu de recul là-dessus ; et surtout de me dire qu'encore une fois ce n'est pas la "machine" (au sens très large du terme) qu'il faut craindre mais bien son concepteur et son environnement.
 En effet, si l'homme  crée une IA (intelligence artificielle) qui le prend comme modèle, on peut supposer que celle-ci va devenir aussi cupide, avide de pouvoir, intolérante et belliqueuse qu'une partie de l'humanité, ce qui est effrayant. (Tout comme l'est l'idée qu'il est impossible que les habitants d'une autre planète ou d'un autre territoire ne pourraient n'avoir qu'une idée : nous envahir… mais c'est encore une autre histoire).
Mais cela peut aussi se dérouler totalement différemment ; rien n'empêche de construire des IA empathes ou assignées à des tâches qu'elles font de mieux en mieux sans chercher à prendre la place de l'humain.
C'est le cas dans ce roman qui pose ainsi des questions fortes sur l'identité et la construction de soi quelque soit son origine (humaine, alien, hybride ou artificielle).

Au final, tout comme le premier tome, ce livre offre de la science-fiction douce et porteuse d'espoir, et donne un autre regard sur l'autre, qui fait du bien.

Lu en février 2020 dans le cadre

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Tome 3 : Archives de l'exode

4e de couverture - éd. L'Atalante
"La Flotte d’exode est un trésor vieillissant, témoin de la volonté humaine de disséminer ses enfants et sa culture à travers les étoiles. Singulière au sein de la communauté galactique, peu la rejoignent et beaucoup la quittent. Dans les couloirs de ces vaisseaux naissent, vivent et meurent les spatiaux.
Une ethnologue à tentacules, un homme rêvant d’intégrer la Flotte, un adolescent de s’en aller, une archiviste vieillissante qui a connu l’époque où les Humains étaient des parias, une soignante affectée aux soins des morts, et Tessa, sœur d’Ashby, le capitaine humaniste de L’Espace d’un an.
Autant de voix qui, humaines ou non, nous racontent le sentiment d’appartenance à un groupe, le besoin central de trouver une place, dans la galaxie ou dans les cœurs. Des gens ordinaires ; des vies ordinaires : uniques et précieuses.

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Un an après, j'ai enfin lu le troisième tome de cette série qui, de prime abord m'a moins plu pour terminer comme les précédents par un coup de cœur.

Coup-de-coeur

Ce roman est ce qu'on appelle un roman chorale dans le sens où plusieurs voix racontent leur histoire et que les liens entre elles n'arrivent que très tard dans l'intrigue. Mais c'est tout le propos de ce livre que de nous donner à voir différentes facettes de ceux qui vivent dans la Flotte.
Mais qu'est-ce que la Flotte ? c'est ainsi qu'on appelle l'ensemble des vaisseaux venus de la Terre qui continuent à voler en formation et sur lesquels une partie des anciens Terriens - devenus les Spatiaux -  vivent toujours comme au départ de manière très communautaire.
On découvre ainsi petit à petit l'intérieur des vaisseaux, l'organisation de l'espace qui ressemble furieusement à des alvéoles d'une ruche, comment est produite la nourriture, la vie et le rôle de chacun, ceux qui partent, ceux qui arrivent, ceux qui restent et surtout pourquoi ils le font.
Car le grand enjeu de ce livre est, me semble-t-il, la quête de sa place dans un groupe. Dans la lignée du "qui sommes-nous ?" du tome 2, le "avec qui ?" et "comment vivons-nous ?" avec les questions du choix de sa vie et de l'orientation qu'on veut lui donner. Un vaste programme que Becky Chambers brosse à petites touches et avec toujours autant de bienveillance et de poésie.

Les personnages sont nombreux et ils m'ont tous marquée à leur manière même si je garde davantage de souvenirs d' Isabel l'archiviste qui parle de mémoire et de racine et d' Eyas pour une raison assez personnelle - Attention ! révélations sur ce tome, surlignez pour lire - car elle s'occupe des morts et j'ai adoré la façon dont est envisagé leur place sur les vaisseaux.
En effet, je suis quelqu'un qui déteste les cimetières que je vois comme de l'espace perdu et un lieu particulièrement triste qui ne me fait absolument pas penser aux personnes qui y sont enterrés, juste qu'ils ne sont plus là (et même pas dans ce cimetière si on croit à quelque chose). Alors l'idée de prendre l'image "du retour à la terre" de manière littérale et donc de composter les corps - avec un protocole et dans une dignité parfaite - m'a enthousiasmée : devenir une fleur, un légume, un arbre… plutôt qu'un squelette, j'adhère totalement et j'adore l'idée.

Moins orientée vers la technique ou même les extra-terrestres qu'on voit peu dans ce tome, ce roman montre la difficulté de trouver sa place dans le monde avec aussi de nombreuses réflexions sur la colonisation ou de quoi a-t-on réellement besoin non pour vivre mais pour être.

Lu en février 2021 dans le cadre

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J'ouvre une grande parenthèse : il se trouve que j'ai lu ce troisième tome au moment où le robot Perseverance se posait sur la planète Mars. A cette occasion, j'ai regardé et lu quelques reportages et j'avoue avoir été choquée par les sommes astronomiques énoncées tant pour ce projet que pour ceux initiés par quelques milliardaires fous.
Scientifiquement, on sait qu'il ne sera pas possible pour un humain d'aller et encore moins de vivre sur Mars avant plusieurs centaines d'années (si la technologie continuer à avancer mais nul ne peut en être certain). Par contre, on a déjà plein de solutions pour pouvoir continuer à vivre ici et même mieux que maintenant.
Humainement, je trouve ces dépenses indécentes au regard de ce qu'il faudrait pour sauver notre planète, éviter que des millions de gens meurent de faim ou ne se retrouvent réfugiés climatiques (de mémoire, un dixième d'une somme dite suffirait pour nettoyer les océans). Seulement ces idées-là ne font pas rêver les trop riches de notre monde. Pourtant, il me semble que c'est un véritable défi, une nouvelle exploration à inventer.